Symbolique des animaux

Un article du site www.egyptos.net

Le culte d’animaux vivants, considérés comme des incarnations de la divinité, et proposés à l’adoration des fidèles dans les temples, était une caractéristique de la religion égyptienne. De leur temps, chaque nome vénérait une espèce animale particulière et la considérait tout entière comme divine sur l’étendue de son territoire.

On retrouve dans les hiéroglyphes de très nombreux animaux dans un sens figuratif, mais également symbolique et phonétique. En effet, environ 170 hiéroglyphes proviennent du monde animal.

Exemples de mammifères :

E1E6E7E10E13E14E22E24E25E26E27E28

Exemples d'oiseaux :

G1G4G5G14G17G22G25G29G31G36G38G44

Exemples de reptiles et d'amphibiens :

I1I2I3I5I7I8I9I10I12I14I15

Exemples de poisson et d'insectes :

K1K2K3K4K5L1L2L3L4L5

L'étude des quelques animaux ci-dessous, va vous permettre de mieux comprendre leur place prépondérante et leur signification dans l'Égypte antique.

Le serpent :

Un cobra

Un cobra

La signification symbolique du cobra dans l’art égyptien est associée de façon très forte à la religion. Durant l'antiquité égyptienne, les forces dangereuses étaient vénérées soit pour gagner leurs bonnes grâces, soit pour vaincre les ennemis. C'est la raison pour laquelle le serpent fut vénéré sous forme de différentes divinités.

Les artisans égyptiens représentèrent souvent le serpent en Egypte comme une déesse protectrice, symbole de la vie divine et de l’ordre.

En tant que Ouadjet, le cobra est la déesse de Bouto, l’ancien sanctuaire du Delta. Sa « contrepartie » est le vautour, symbole de Nekhbet, déesse de Nekhen ou Hierakonpolis, ancien sanctuaire de la Haute Egypte (le vautour et le cobra deviendront les symboles de l’unification du pays). Ces deux déesses furent considérées comme des protectrices et des gardiennes des peuples des deux « contrées ». A travers les temps, le cobra restera en Egypte un symbole puissant de protection royale et divine.

L’importance du cobra est en fait expliquée dans le fameux « Papyrus Bremner-Rhind », texte remontant au 4ème siècle av.J-C. Ce texte contient deux versions du mythe de la création « héliopolitaine ». Dans les deux versions, Atoum créa Shou (l’air) et Tefnout (l’humidité) en « expectorant » ou en « se masturbant » à l’intérieur des eaux primordiales. Puis il envoya son oeil pour récupérer Shou et Tefnout. Quand son oeil retrouva et ramena « l’air » et « l’humidité », l’unité primordiale de la puissance divine fut atteinte. Cependant, l’œil du démiurge devint enragé quand il s’apperçut qu’il avait été remplacé par « un objet plus brillant que lui » : le soleil. L’oeil se transforma de façon magique en cobra, puissance féminine (le hiéroglyphe utilisé pour décrire le serpent se terminant par un t, déterminatif féminin) servant à protéger les dieux et les rois contre les puissances des ténèbres dans le monde crée. Le dieu de la création apaisa l’oeil, devenu cobra, en le plaçant sur son front. La pacification du cobra marqua ainsi l’établissement de la monarchie, et le serpent devint le symbole de la protection et de l’unité de la royauté légitime. Plus tard, Apophis sera l’ennemi serpent du dieu solaire qui incarne la menace continue de désordre pour le monde organisé.

Le serpent apparait donc à l’origine de la mythologie expliquant la création du monde. Sur une fresque de la XXIème dynastie (Papyrus « De Herub »), on voit un serpent qui se mord la queue : c’est l’Ouroboros. Que signifie ce symbole ? Le serpent qui se mord la queue est l’emblème du monde, ou plus exactement de la perpétuelle rénovation de la nature. On trouve dans le premier livre des hiéroglyphes d’Horapollon :

« Quand les égyptiens veulent représenter le monde, ils peignent un serpent qui mord sa queue. Chaque année cet animal se dépouille et perd sa vieillesse; de même, dans le monde, chaque période annuelle rajeunit en opérant un changement ».

On peut lire dans un texte égyptien traduit par G.Maspéro ceci :

« Le dieu Râ avec sa barque passe à travers le corps et les entrailles de ce serpent.... Le serpent qui fait peau neuve, chaque année, et semble ainsi renaître de lui-même, est indiqué pour jouer le rôle d’entrepôt de la vie divine ».

Oscar Pfouma dans « Histoire culturelle de l’Afrique » nous apprend que Atoum a été représenté en une forme particulière d’Ouroboros : un serpent à cinq têtes se mordant la queue. L’image sert à illustrer la multiplicité d’essences du dieu. Puis il cite un texte égyptien :

« Je suis Tum, celui qui a fait le ciel, le créateur des choses qui y sont, qui sortent de terre; qui fait venir à l’existence les graines ensemencées, le seigneur des choses qui seront; qui donne naissance aux dieux; je suis le grand dieu qui se fait lui-même.... Je suis dans le ciel, dans la terre, dans l’eau, dans l’air, je suis dans les animaux, dans les plantes; dans le ventre, avant le ventre, après le ventre, partout ».

Dans le chapitre 175 du Livre des Morts, on peut lire que:

« Cette terre retournera à l’eau primordiale, au flux infini qui fut son premier état. Je (Atoum) demeurerai avec Osiris après m’être transformé en un autre serpent que les hommes ne connaissent pas et que les dieux ne voient pas ».

Prenons l’explication de Erik Hornung :

« Seuls Atoum et Osiris sont capables de reprendre la forme durable, originale du serpent, c’est à dire la même forme ou plutôt l’absence de forme que l’ennemi éternel des dieux, Apophis, puissance du chaos; on retrouve ce symbole dans l’Ouroboros, le serpent qui se mord la queue, la non-existence régénération qui encercle le monde. Ici, le serpent demeure, mais le monde qu’il enserre s’enfouit dans l’eau primordiale et disparait avec les dieux et tous les êtres vivants : retour à la situation d’avant la création ».

Citons un autre passage du Livre des Morts :

« L’âme pénétrera dans le corps du serpent par la queue, qui est dirigée du côté des ténèbres et sortira par sa gueule, qui est toujours du côté de la lumière ».

Selon Albert Champdor, l’âme, après avoir traversé le Serpent, symbole de l’éternité et de la réincarnation, acquiert de nouveaux pouvoirs magiques.

Terminons ce chapitre en disant que des momies de serpents ont été trouvées dans les nécropoles thébaines; il s’agit de serpents divinisés, nommés Pa-neb-ânkh « les maîtres de la vie ».

Le crocodile :

Le crocodile du Nil

Il est avant tout le « Dévorateur » (dans l’épreuve de la pesée de l’âme, Amenuit, le monstre à gueule de crocodile, attend patiemment de dévorer l’âme de celui pour qui la balance aura penché du mauvais côté) mais un dévorateur respecté en tant que dépositaire des forces mystérieuses de l’eau, de l’eau liée à la fertilité et à l’abondance. L’Egypte ancienne avait ses crocodiles sacrés, que l’on ornait de bijoux (on leur dressait également des temples). Pour satisfaire le dieu Râ, on leur donnait à dévorer des poissons, considérés comme ennemis de la divinité solaire. Médinet el-Fayoum, l’actuel centre administratif de la région, fut la capitale du Fayoum dès l’antiquité sous le nom grec de Crocodilopolis, ou « ville des crocodiles ».

« Nous arrivons à présent dans la ville d’Arsinoé, anciennement « Crocodilopolis » parce que les habitants de cette province tiennent le crocodile en grand honneur. Il s’appelle « Souchous» et est nourri de blé, de morceaux de viande et de vin par les nombreux visiteurs venus le voir » (Strabon, 17;1;38).

En effet, le dieu Sobek, seigneur des étendues d’eau, était vénéré sous forme d’un crocodile ou d’un être humain à tête de crocodile. Voyons ce que Hérodote peut nous apprendre sur les crocodiles :

« Pour certains des Egyptiens, les crocodiles sont sacrés; les autres, au contraire, les traitent en ennemis. Autour de Thèbes et du lac Moéris, leur caractère sacré est tout particulièrement reconnu. Chaque région choisit un crocodile et le nourrit; la bête a été apprivoisée, on lui met des pendants d’oreilles de pâte de verre et d’or, des bracelets aux pattes de devant, on lui offre une nourriture spéciale et des victimes et, de son vivant, on l’entoure de tous les soins possibles; mort, on l’embaume et on le dépose dans une sépulture sacrée » (livre II, 69).

L’abeille :

Une abeille

Une abeille

En Egypte, l’organisation de la société humaine est comparée à celle des abeilles où se trouve le même principe d’inégalité, les dominateurs et les dominés.

« Les Égyptiens représentent par l’abeille un peuple obéissant à un roi. En effet seule de tous les animaux, elle a un roi, auquel le reste de la foule des abeilles est soumis, comme les hommes le sont à un monarque » (Hopapollon, 1762).

Oscar Pfouma pense que l’Afrique Noire actuelle présente l’abeille dans la même perspective symbolique. Le professeur J.Leclant nous apprend « qu’il existait à Saïs un temple de l’abeille... Faut-il voir dans ce nom la trace du culte d’une déesse mère qui aurait été adorée sous cette forme à très haute époque dans le Delta ? Ceci impliquerait que les Anciens savaient que les abeilles étaient régies par une reine et non pas un roi » ou encore de la part du même auteur « Le Delta comportait un lieu sacré célèbre dénommé akh-bi.t : le fourré de l’abeille ; la déesse Isis s’était réfugiée là après le meurtre d’Osiris, pour y élever son fils Horus à l’abri de Seth » puis « Des déesses de l’époque historique peuvent recevoir la désignation de bi.t (terme pour désigner abeille en égyptien ancien), par exemple Nut »

Citons encore E.Deonna :

« Neith est une des déesses de la Basse-Egypte, contrée dont l’abeille est le symbole de royauté; on peut la lui assimiler, et un de ces sanctuaires s’appelle "La Demeure de l’Abeille" ».

Personne ne connait exactement le symbolisme égyptien de l’abeille, mais celle-ci est représenté dès les premières dynasties (exemple : panneau du trône de Mykérinos, IVème Dynastie).

La vache et le taureau :

La vache est un symbole de maternité et on parle de « vaches célestes » qui symbolisent la voûte céleste. Quant au taureau, il renvoyait à la fertilité, à la puissance sexuelle et à la force physique. Les rois étaient d'ailleurs étroitement associés à cet animal procréateur par excellence. Ce thème de la fertilité persistera durant toute l'époque pharaonique et même au-delà. Ainsi Diodore de Sicile relate que les femmes avaient l'habitude de relever leur jupe devant Apis.

Dominant les deux compositions de la palette de Narmer (recto et verso), on peut à loisir contempler deux têtes de vache, vue de face, aux cornes symétriquement recourbées vers l’intérieur. Il ne faut pas oublier que cette palette remonte à la première dynastie : la vache joue donc un rôle primordial dès le début de l’histoire de l’Egypte ancienne.

La palette de Narmer (arrière), Royal Ontario Museum, Toronto

Dès l’Ancien Empire, on trouve dans les Textes des Pyramides le cheminement du roi défunt qui, avant de gagner une place auprès du Dieu, se dirigeait d’abord vers Hathor (symbolisé par la vache), régnant sur l’Océan primordial : c’est le chemin de la renaissance.

Vers le second millénaire avant notre ère, au Moyen Empire, apparaît dans certains temples le chapiteau hathorique orné de deux têtes féminines, mais toujours munies d’oreilles de vaches, allusion à la nature même de cette dispensatrice de « l’eau de vie » (ânkh-ouas = le lait). Son nom, Hat (château)-Hor (d’Horus) résume son essence même, à savoir : giron (ayant abrité le germe d’Horus). Hathor est bien connue comme illustrant la mort et l’amour, prenant possession des trépassés.

Chapiteau hathorique

Chapiteau hathorique dans le temple d'Hatchepsout à Louxor

On retrouve l’image de la vache sacrée tout au long de l’histoire de l’Egypte ancienne : recto et verso de la palette de Narmer, grande statue de la vache Hathor retrouvé à Deir-el-Bahari (XVIIIème dynastie), vignette illustrant le dernier chapitre du Livre des Morts (Hathor surgit de la montagne thébaine pour remettre au monde le défunt dans le cycle de l’Eternité), du Livre de la Vache du Ciel (allusion au départ du Démiurge désireux de s’éloigner du monde des hommes).

Les lionnes :

Une lionne

Une lionne

Les déesses lionnes, comme Sekhmet, Ouadjet, ou Tefnout, sont des déesses dangereuses et ont toutes mauvais caractère. Ce sont des déesses guerrières, cruelles et sanguinaires. Aux côtés du roi, elle sème la terreur parmi ses ennemis, que ce soit dans ce monde ou dans l'autre ; elles sont redoutées par les adversaires de l'ordre. Apaisée, elles prennent parfois l'aspect de la déesse Bastet sous forme de chatte.

Le chacal :

Un chacal

Un chacal

Chemu-Sep qui signifie littéralement : « Ne pas laisser de restes » est peut-être un nom générique pour désigner les dieux chacals. En effet ces animaux charognards, très utiles, mangeaient les cadavres, ce qui évitait aux corps de se décomposer. Ils hantaient les cimetières et les nécropoles et furent alors fatalement associé à la mort. Ainsi tous les dieux chacals (Anubis, Oupouaout...) sont des dieux funéraires.

Auteur : Nebetbastet
Mise en ligne le : lundi 16 mars
Dernière mise à jour le : lundi 16 mars
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