L’écriture : apparition et premières formes

Un article du site www.egyptos.net

Si l’humanité est ce qu’elle est aujourd’hui, si son développement a été tel, c’est bien grâce à la formidable avancée permise par l’apparition de l’écriture. Elle est en quelque sorte la forme matérielle du langage. Mais attachons nous tout d’abord à définir ce qu’est le langage. Il s’agit en fait d’un moyen d’expression de la pensée et de communication entre différents sujets. Il peut être présenté grâce à deux types de symboles :

La parole est un phénomène propre à l’Homme que l’on considère comme le support de l’intelligence. Pourquoi ? Simplement parce qu’elle permet l’expression des fonctions symboliques ; c'est-à-dire passer d’un concept concret à un concept abstrait. Tout comme l’écriture, la parole s’exprime par la langue, sorte de code commun à tous les individus d’une même communauté linguistique. Ainsi, dans le développement de l’être humain, l’apparition de la parole est associée au début de la formation de la personnalité.

Très tôt, l’Homme a su développer son propre langage pour se coordonner, s’affirmer par rapport à autrui. Mais l’usage simple de la parole s’est avéré insuffisant au fur et à mesure que les techniques évoluaient. Déjà les hommes préhistoriques, par exemple, ont ressenti le besoin de « dessiner » ce qui les entourait.

Peintures préhistoriques, Grotte de Lascaux

Mais c’est bien plus tard que l’écriture est née. En effet, avec le début de l’agriculture et de la sédentarisation de l’Homme, les paysans ont vite eu besoin de répertorier ce qu’ils produisaient ou encore ce qu’ils échangeaient. C’est la raison pour laquelle, les toutes premières formes d’écriture sont des sortes de dessins représentant soit des objets concrets (pictogrammes), soit des signes précis (pour compter par exemple). Pouvoir transcrire la parole a été une étape clé de l’humanité.

Ce fut en Mésopotamie (Sud de l’Irak actuel), environ vers le IV millénaire avant J-C., que la première forme d’écriture complexe apparut. C’est donc ici que se trouve le berceau de notre civilisation moderne ! Cet évènement marqua la fin de la préhistoire et l’avènement de la première vraie civilisation : les Sumériens.

Leur écriture était de type « cunéiforme » ; c'est-à-dire en forme de « coin » ou de « clou ». Cet aspect vient probablement du matériel qui était utilisé pour écrire. Le sumérien était une écriture encore pictographique, donc qui ne disposait pas d’un alphabet.

En parallèle des Sumériens, une autre civilisation vit le jour : les Akkadiens. Au fur et à mesure des siècles, ils devinrent de plus en plus puissants et firent disparaître progressivement la civilisation de Sumer afin de prendre leur place. La langue akkadienne était très différente de la sumérienne mais avait également pour base le cunéiforme. Elle finit par se répandre dans toute la Mésopotamie. Ses usages étaient multiples. Cela allait de textes juridiques aux échanges internationaux en passant par la diplomatie ou les écrits littéraires.

Exemple d’écriture cunéiforme (environ 3000 ans avant J-C.)

Cependant, vers le IIème millénaire avant notre ère, deux dialectes, dérivés de l’akkadien, sont apparus : l’assyrien et le babylonien. Les différences entre ces derniers se situaient principalement dans la prononciation des mots. Mais, comme toutes les écritures cunéiformes, elles ont une base commune. Il s’agit en effet d’un mélange de phonogrammes, d’idéogrammes et de déterminatifs.

Exemple d’idéogrammes écrits en babylonien

Exemple de déterminatifs écrits en babylonien

Chacun des dialectes, l’akkadien, le babylonien et l’assyrien, a connu bien sûr de nombreuses déclinaisons au fur et à mesure du temps. En effet, au moment de l’apogée de l’empire d’Akkad, sa langue était parlée et écrite de façon internationale. Mais peu à peu, d’autres puissances se formèrent en marge de cet empire : les peuples assyriens et la fameuse ville de Babylone.

Les Assyriens étaient plutôt connus à l’époque comme une grande puissance marchande plutôt qu’une puissance politique. A l’inverse, Babylone fut le lieu de la culture par excellence où se regroupaient tous les érudits de l’époque. Peu à peu, la Babylonie devînt une puissance incontestable notamment grâce à des souverains comme Hammourabi et son célèbre code. Ce dernier a été le premier recueil de lois écrit de la main de l’Homme. Il définissait des domaines très larges comme la hiérarchisation de la société, les salaires, le fonctionnement judiciaire, les peines etc… Le code d’Hammourabi a été rédigé en ce qu’on appelle le « paléo babylonien » ; c'est-à-dire la première forme du babylonien. La langue a encore subit d’autres modifications pour arriver à son dernier niveau : le babylonien tardif. A ce moment, l’akkadien n’était plus tellement parlé, remplacé par l’araméen.

Stèle du Code d’Hammourabi

Babylone connut son apogée lors du Ier millénaire avant notre ère avec des rois célèbres comme Nabuchodonosor. La puissance de cet empire permit la diffusion et la survie de l’écriture cunéiforme jusqu’aux premiers siècles avant notre ère, après lesquels elle disparut complètement. En effet, la ville de Babylone fut attaquée par les Perses et finit par céder en 539 avant J-C. D’ailleurs, le vieux perse, langue utilisée par la civilisation conquérante à cette époque, est écrit par le biais de signes cunéiformes. Même sous domination étrangère, Babylone parvînt à garder son importance économique et stratégique. Différents peuples la possédèrent par la suite. Elle vit par exemple le passage d’un conquérant comme Alexandre le Grand.

En Mésopotamie, cette période, aux alentours du Ier millénaire avant J-C., marque aussi l’apparition du premier alphabet connu : l’alphabet d’Ougarit. Il reprend les signes cunéiformes mais leur attribut une lettre bien précise. Ce qui représente une grande nouveauté ! Comme dans toutes les langues de l’époque, il n’y aucune voyelle écrite, seules les consonnes ou semi-consonnes sont figurées.

L’alphabet Ougarit, le premier de l’Histoire

Par la suite, l’utilisation des alphabets a commencé à devenir de plus en plus courante puis a fini par être adoptée, les autres formes d’écriture disparaissant au fur et à mesure. L’intérêt d’un alphabet est de pouvoir directement accéder à la prononciation d’un mot par le biais des syllabes. Donc beaucoup plus pratique ! On peut citer l’exemple de l’alphabet phénicien, qui reprend le principe de celui d’Ougarit en conservant les caractéristiques des langues sémitiques : pas de voyelles. L’alphabet phénicien sera par la suite la base de l’alphabet grec (où on retrouve les premières voyelles !) ou encore de celui des araméens (dont on a parlé plus haut) qui donnera lui-même l’arabe ou encore l’hébreux. Il y eut également d’autres dérives, moins directes, mais qui aboutirent par exemple à l’alphabet latin.

Cependant, il ne faut pas croire que l’écriture est apparue d’un seul coup et que les évolutions qui ont été décrites sont survenues du jour au lendemain ! Il s’agit en fait un processus très long qui est le résultat des influences entre les différentes cultures.

Dans le cas de l’apparition de l’écriture, l’Homme a d’abord commencé à dessiner ce qui l’entourait puis, par soucis de commodité, a fini par adopter le cunéiforme : moins long à figurer, plus clair pour des phrases complexes…

Tableau montrant l’évolution des premières formes d’écriture

Ici, le tableau part du proto-cunéiforme (les tous premiers dessins de l’Homme), à gauche, pour terminer au cunéiforme, à droite. Entre les deux se sont passés des siècles ! C’est ainsi que, lentement, à partir du sumérien, nous sommes arrivés à tout ce que nous connaissons aujourd’hui !

Auteur : Benjamin
Mise en ligne le : mercredi 18 juillet
Dernière mise à jour le : mercredi 18 juillet
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