L’écriture égyptienne et son évolution

Publié le mercredi 18 juillet 2007 par Benjamin Recommander l'article à un(e) ami(e) Version imprimable Version PDF (8) Lire / Ecrire un commentaire :

Si l’Egypte ancienne fascine toujours à notre époque, le mystère associé à son écriture doit en être l’un des principaux responsables. Avec plus de 3000 ans d’histoire, ce peuple a su traverser les siècles par le biais de son art et de son talent incomparable. Les hiéroglyphes, longtemps considérés comme de simples dessins décoratifs, en sont une des manifestations.

Selon toute vraisemblance, la civilisation égyptienne aurait développé son langage et son écriture tout à fait seule, en parallèle par rapport aux méthodes cunéiformes. En effet, les symboles graphiques employés représentent généralement des éléments locaux de la faune, de la flore, ainsi que des scènes de la vie quotidienne. C’est la raison pour laquelle l’origine purement égyptienne de cette langue semble être la plus plausible. Cependant, il convient d’ajouter que de très anciennes tablettes écrites en cunéiforme ont été retrouvées en Egypte. Ainsi, certains pensent que les égyptiens auraient repris et adapté le système sumérien. Malheureusement, l’hypothèse est difficilement vérifiable et paraît peu probable étant donné les grandes différences entre les deux types d’écriture.

Pendant des siècles, de nombreux savants ont été tenus en échec devant le déchiffrement des hiéroglyphes. Au début, beaucoup de gens pensaient qu’il ne s’agissait que des simples dessins sans aucun sens. Même si la dimension artistique était aussi recherchée par les anciens égyptiens, elle n’était pas la seule. Il fallut ainsi attendre les années 1810 pour que Champollion parvienne à déchiffrer la mystérieuse écriture. Son génie a été de comprendre que les symboles représentaient non seulement des mots, des idées mais aussi des sons !

Bien entendu, au cours des siècles, l’écriture des égyptiens a connu plusieurs évolutions. Par exemple, les hiéroglyphes que nous voyons sur les monuments et les temples demeuraient en quelque sorte la forme d’expression de l’élite ou des dieux. Compliquée et longue à réaliser, elle était utilisée pour les textes officiels, les récits de bataille du pharaon ou encore les monuments funéraires. C’est pourquoi, une autre forme d’écriture est apparue, plus simple et plus rapide : le hiératique (qui vient du grec hiératikos et veut dire « sacrée »). Elle était très utilisée dans l’administration par les scribes. Cela leur permettait de transcrire rapidement leur document en vue de les archiver par exemple.

Exemple d’écriture hiératique

Devant le grand nombre de textes à écrire, peu à peu, les scribes mirent en place une autre forme d’écriture, encore simplifiée par rapport au hiératique : le démotique. Le mot vient du grec « demos » qui veut dire « populaire ». Le hiératique fut, quant à lui, cantonné aux textes religieux (d’où son nom), remplacé par le démotique au niveau de l’administration.

Exemple de démotique

La dernière évolution de la langue égyptienne fut ce qu’on a appelé le copte. Sur le déclin, cette civilisation a fini par passer sous domination romaine et grecque. Contrainte et forcée, elle dut également se résoudre à adopter le christianisme. Ce brassage ethnique a donc eu pour résultat la langue copte. Le mot faisant aussi référence aux premiers chrétiens de l’Egypte. Directement dérivée du grec, la langue copte comporte tout de même quelques différences. En effet, certains des symboles ne renvoient à aucun son en grec mais s’apparentent plutôt au démotique. C’est la raison pour laquelle, à l’alphabet d’origine de 24 lettres, ont été rajoutées 7 autres graphèmes, directement tirés du démotique. Le résultat fut donc un système de 31 lettres donnant ainsi une nouvelle dimension à l’écriture égyptienne : le concept de majuscule et de minuscule.

Alphabet copte

L’origine grecque de cet alphabet est évidente en comparant ne serait-ce que certains symboles. C’est cette langue qui a grandement aidé Champollion à traduire les hiéroglyphes. En effet, grâce à ses similitudes avec le démotique et en connaissant le copte, il a réussi à remonter jusqu’aux hiéroglyphes et à déduire leur sens. Pour vous donner un exemple de son raisonnement, voici l’évolution d’un caractère hiéroglyphique (à gauche) en démotique (au centre) puis finalement en copte (à droite).

Outre ceux déjà cités, l’utilisation de l’alphabet copte en Egypte s’est accompagnée de nombreux bouleversements sur le plan de l’écriture. Par exemple, dans le cas du démotique, les scribes avaient l’habitude d’écrire de droite à gauche. Suite à l’influence grecque, le sens d’écriture s’inversa pour passer de gauche à droite.

Tout au long de cet article, il a été question de plusieurs formes de langage qui se sont influencées mutuellement, évoluant ainsi vers une autre forme d’écriture. Il serait donc intéressant d’expliquer les mécanismes qui aboutissent à de tels brassages.

Le meilleur moyen pour une culture de s’étendre et d’accroître son influence, était d’emprunter les routes commerciales. L’autre solution restant bien entendu les guerres et les conquêtes. En général, si une civilisation venait à en conquérir une autre, elle lui imposait ses normes culturelles. Ainsi, à travers les flux humains et marchands, les méthodes d’écriture s’influencèrent et évoluèrent lentement. Selon Louis-Jean Calvet, auteur spécialisé, c’est le processus qui a abouti à la formation de plus de 140 000 formes de langage depuis le début de l’histoire de l’humanité. Lorsqu’une civilisation ou une population entre en contact avec une langue et une écriture, elle l’assimile puis se l’approprie. C’est grâce à ce processus que nous avons actuellement de nombreuses déviances pour une même langue : ce que l’on appelle des dialectes. Selon sa zone de couverture, l’un pouvait s’imposer par rapport à l’autre et s’étendre pour finalement être adopté de tous. Ce fut par exemple le cas du babylonien, un dialecte de l’akkadien.

Taggé avec : écriture, egypte, hiéroglyphe