Les écritures indéchiffrées

Publié le mercredi 18 juillet 2007 par Benjamin Recommander l'article à un(e) ami(e) Version imprimable Version PDF (0) Lire / Ecrire un commentaire :

Tout au long de son histoire, l’être humain a eu une imagination débordante pour inventer toutes sortes de langues et de façons de les noter. Les deux problèmes majeurs résident dans le fait que ces anciens systèmes graphiques ont été oubliés depuis très longtemps ou que peu d’exemplaires ont été retrouvés. L’ensemble de ces obstacles aboutit à ce que quelques formes d’écriture demeurent encore indéchiffrées à l’heure actuelle !

La plus célèbre d’entre elles est très certainement celle qui figure sur le disque de Phaïstos, retrouvé en Crète. Il s’agit du seul et unique support que l’on possède où cette langue est inscrite. Il paraît donc peu probable que les inscriptions qui y figurent soient déchiffrées un jour !

Le disque de Phaïstos

En guise de second exemple, on peut parler de l’écriture « Rongo Rongo » qui a été retrouvée sur des tablettes de bois de l’île de Pâques. Elle est composée de plus de 1400 glyphes et résiste encore à la traduction.

Ecriture Rongo Rongo de l’île de Pâques

Heureusement, à notre époque, nous disposons de différents moyens pour faire avancer les traductions. L’un d’eux consiste à trouver des textes bilingues : une langue connue et une langue inconnue. Le déchiffrement est ainsi plus aisé. Ce fut le cas pour la Pierre de Rosette (deux formes d’égyptien en plus du grec), utilisée par Champollion pour déchiffrer les hiéroglyphes. A notre époque, les programmes permettant la comparaison linguistique sont de plus en plus perfectionnés. L’informatique est donc un outil majeur pour les linguistes. Mais hélas, ce cas est très rare et le rencontrer relève souvent de la chance !

Une autre méthode consiste alors à analyser l’histoire de la langue que l’on veut traduire. En effet, même si elles ne sont plus écrites de la même façon, voire plus écrites du tout, certaines sont toujours parlées à notre époque. Evidemment, de nombreuses différences dues aux siècles seront présentes ; mais l’essentiel est d’identifier ce qu’on appelle « une famille de langues ». Il s’agit en fait d’un groupe contenant de nombreux dialectes et découlant de l’évolution d’une langue souche.

Prenons un exemple : l’alphabet que nous utilisons pour écrire est celui mis au point par les latins. La langue latine d’origine a évolué pour donner tous les dialectes que nous connaissons aujourd’hui : le français, l’espagnol, l’italien, etc… Mais comment le vérifier ? Si l’on prend le mot « homme » en français, il équivaut en italien à « uomo » ou en espagnol à « hombre ». On constate que deux formes évoluées ont gardé un « h », il y a donc de fortes chances qu’il provienne de l’état ancestral du mot. D’autre part, on note un groupement « mo » en italien, légèrement décliné en « me » en français et très évolué en « mbre » en espagnol. Suivant la même logique, la forme ancestrale doit posséder un groupe similaire à l’italien. Ces deux règles, disparition du « h » et évolution du groupe « mo », permettent de reconstituer le mot d’origine pour donner : « homo ». Ce qui est exactement la forme latine du mot « homme ». Voilà ce que l’on appelle une famille de langue et la technique que l’on utilise pour reconstituer des mots d’un dialecte oublié.

Prenons maintenant l’exemple du méroïtique. Il s’agissait d’une langue écrite au royaume de Méroé, au Soudan actuel, il y a environ 2200 ans. Son écriture dérive plus ou moins de l’égyptien et présente une forme hiéroglyphique et une forme cursive.

Tablette utilisant l’écriture méroïtique, Bristish Museum, London

Ce ne fut qu’en 1911 que l’égyptologue Griffith parvint à déchiffrer les deux écritures méroïtiques. Etant donné que les symboles étaient assez proches du démotique égyptien, il a été capable d’établir leur prononciation. De plus, grâce à une grande connaissance des langues de la région, il put isoler des noms de dieux ou de souverains parmi des textes funéraires, en comparaison avec la graphie égyptienne. Mais la traduction devient plus complexe quand il s’agit de déchiffrer des textes moins classiques comme des récits. C’est ici que les linguistes ont échoué ! Autrement dit, nous pouvons lire le méroïtique mais c’est le sens des mots qui nous échappe encore.

La chance de trouver un texte bilingue comportant du méroïtique et une langue connue est quasi nulle ! Pour la simple et bonne raison que le royaume de Méroé était isolé et ne comprenait pas de communauté étrangère. Il faut donc se tourner vers la seconde méthode.

Récemment, certains archéologues se sont intéressés aux dialectes qui étaient toujours parlés (mais non écrits) dans le Soudan et le Tchad actuel. Il est apparu que ces derniers avaient une parenté avec le méroïtique ; le nara d’Erythrée par exemple. Ainsi, même si la langue ne possède plus du tout de graphie de nos jours, le fait qu’elle soit toujours parlée aidera énormément à déchiffrer le sens des mots à partir de la phonétique. Il faut cependant faire très attention dans la formation de familles linguistiques et s’assurer que les ressemblances ne sont pas le fruit du hasard. Ce qui est logiquement courant étant donné le nombre immense de langues qui existe sur notre planète. Pour citer un exemple de ressemblance fortuite, si l’on prend le mot « hydromel », il se traduit en breton par « mez » et en tigrinya (une langue du Soudan) par « myes ». Ces deux mots sont très similaires alors que, pourtant, les deux langues n’ont aucune parenté ! Les recherches se doivent donc d’être très pointues, complexes et les moindres détails du dialecte actuel ont leur importance.

Voilà pourquoi, certaines langues pourront certainement être traduites d’ici quelques années grâce à ces méthodes. Malheureusement, pour d’autres, il n’y a encore aucun texte bilingue et aucune correspondance avec les langues actuelles. Les espoirs de traduction sont donc minces (disque de Phaïstos).

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