Jour 3 : Lundi 22 avril 2002

Un article du site www.egyptos.net

Nous pûmes dormir jusqu’à 6h00. Petit-déjeuners avalés, nous prîmes un car vers la Vallée des Rois. Un endroit extraordinaire. Le paysage était désertique, les montagnes peu élevées mais je me sentais attiré par ce lieu. Il y a plus de 3500 ans, on creusait les demeures d’éternité des pharaons du Nouvel Empire (les plus célèbres, des noms qui font rêver : Amenhotep, Thoutmosis, Séthi, Ramsès…). En arrivant, je vis les scènes d’autrefois : le cortège funéraire accompagnant le pharaon dans sa dernière demeure et la fermeture de celle-ci… J’étais revenu au Nouvel Empire…

Maha nous donna un billet qui permettait de visiter trois tombes. Afin d’éviter la détérioration des tombes par notre respiration, nous ne devons pas rester longtemps à l’intérieur. Pour cela, les guides ne doivent normalement plus nous accompagner. Mais certains gardiens sont tolérants et nous eûmes la chance de visiter la tombe de Taousert et Sethnakht avec Maha.

Taousert était la femme de Séthi II. A sa mort, elle devint régente. C’était le début du déclin de l’Egypte, et des troubles, dans les successions notamment, commençaient à apparaître. Sethnakht, issu d’une riche famille thébaine, prit le pouvoir. Ils régnèrent conjointement jusqu’à leur mort.

La tombe était grandiose : toutes ces couleurs vives intactes semblaient ne pas avoir changé depuis 3500 ans. Les superbes fresques représentaient les scènes de l’au-delà, scènes qui étaient nécessaires au pharaon pour bénéficier de la vie éternelle.

Je fis quelques photos puis, avec des personnes de notre groupe, me dirigeai vers une deuxième tombe, celle d’Amenhotep II. Maha nous avait précisé que le tombeau était « sportif », certainement parce que la pente était très raide avant d’arriver dans la première salle. Elle était aussi belle que la précédente mais dans un autre style de couleurs.

J’hésitai pour la dernière tombe. Allai-je visiter celle de Ramsès III ou celle de Toutankhamon ? Je choisis celle de Ramsès car, aux dires de Maha, elle était plus grande et plus belle que celle de l’enfant-roi. Ramsès III fut le dernier grand pharaon égyptien avant l’irrémédiable déclin de L’Egypte. « Egyptien » car de grand pharaons régnèrent par la suite, mais ils étaient d’origine étrangère (libyenne, nubienne, perse…).

D’un autre style, cette tombe était aussi splendide que les autres. Tous les hiéroglyphes colorés semblaient peints depuis quelques semaines. Cette écriture si mystérieuse que la plupart des personnes ne sait pas lire. C’est un système d’écriture très complexe, décrypté par Champollion en 1822. Je brûlais d’envie d’apprendre à les déchiffrer… Ce que je commençai il y a peu de temps. La grammaire est aussi complexe, voire plus, que la française ! De plus, il faut mémoriser beaucoup de signes et cela est assez difficile… Mais je persévère…

Et ma grand-mère direz-vous ? Comme elle avait déjà visité la Vallée et que c’est une visite très éprouvante, elle ne vint pas. Elle était restée dans le car et attendait que nous revenions. C’était grâce à elle que j’étais ici alors je faisais tout ce que je pouvais pour lui faire plaisir. Je la retrouvai dans le car et elle me dit que tout c’était bien passé.

Nous fîmes ensuite un arrêt-photos à Deir el-Bahari, devant le temple de la reine Hatshepsout. C’est dans ce temple qu’eut lieu le 17 novembre 1997, l’attentat de Louxor, perpétré par des terroristes islamistes, qui fit 62 victimes. A la mort de son époux, Thoutmosis II, elle prit la régence car son neveu, Thoutmosis III était trop jeune pour gouverner. Ensuite, elle l’écarta du pouvoir et se fit couronner pharaon ! Elle prit les attributs de celui-ci et se fit représenter en homme. A sa mort, son neveu reprit le pouvoir et effaça le souvenir de son ambitieuse tante.
Le magnifique temple à terrasses de la reine fut entièrement creusé dans la falaise.

Nous visitâmes ensuite le temple de Ramsès III, à Médinet-Habou. C’était le premier temple que nous visitions, étant donné que pour celui de la reine, nous nous étions juste arrêtés devant la grille pour faire des photos. Je fus très impressionné. L’immense pylône d’entrée est suivi des cours à ciel ouvert puis de la salle hypostyle. Les grandes fresques qui recouvraient les murs étaient, pour certaines, encore colorées. Elles représentaient Ramsès vainquant les Peuples de la Mer. Peuples d’Asie Mineure qui, après avoir vaincu de nombreuses tribus, s’attaquèrent à l’Egypte. Ils furent repoussés lors d’une grande bataille navale.

Maha nous précisa que sur les monuments « toute surface était sculptée, et toute surface sculptée était polychrome. » Pendant la visite elle nous donna notre nom : les « rubis » car nous étions précieux d’après elle. Du coup, on entendait souvent crier « Rubis ! Par ici. Rubis ! » C’était assez amusant.

Nous terminâmes la matinée par les Colosses des Memnon. Ces colosses sont les seuls restes du temple d’Amenhotep III. Bien qu’étant en partie effondrés, ils restent très impressionnants. Ils tirent leur nom d’un héros grec mort à Troie d’après l’Illiade, Memnon, fils de la déesse Aurore. Suite à un tremblement de terre, un des colosses se fissura et émettait chaque matin, au lever du jour, l’aurore donc, une sorte de chanson. D’après la légende, Memnon se plaignait à sa mère dont les rayons consolaient son fils. Après la restauration entreprise par l'empereur Septime Sévère en 199 ap. J.-C., le colosse ne fit plus de bruit. Il fut prouvé que c’était les rayons du soleil qui faisait ce bruit lorsqu’ils frappaient la pierre, devenue froide la nuit, de leurs rayons brûlants.

Au retour, Maha nous dit que nous pouvions aller la voir pour commander un cartouche en or dix-huit carats avec notre nom écrit en hiéroglyphes. Le cartouche était l’ovale noué par une corde dans lequel était inscrit le nom de pharaon. A l’origine de forme circulaire, il symbolisait le soleil.

En rentrant une « grande » surprise nous attendait : sur une table se trouvaient des gants de toilettes humides et, enduits d’une lotion très rafraîchissante ! C’était fort agréable après les visites que nous venions de faire. Puisque ma grand-mère était d’accord pour regarder ce que Maha proposait, nous allâmes la voir après le déjeuner. Je choisis un cartouche qui me plaisait, je l’eus en fin de semaine.

Nous remontâmes le Nil en direction d’Edfou. Nous naviguâmes toute l’après-midi : j’en profitai pour aller faire un petit plongeon dans la piscine, bronzer un peu et regarder le paysage grandiose qui s’offrait à mes yeux. J’essayai d’en profiter au maximum et remplis mes yeux de ces images, car je savais bien que cela aurait une fin.

En fin d’après-midi, nous arrivâmes à l’écluse d’Esna. Une file de bateaux attendait, accostés sur la berge. Peu après, je vis des petites barques se diriger vers nous et s’accrocher aux bateaux. A leur bord se trouvaient des vendeurs de marchandises en tout genre : djellabas, chapeaux, nappes, serviettes, tapis… Au bout d’un quart d’heure, presque tout le monde s’était rassemblé pour regarder ce spectacle inattendu. Un vendeur proposa une nappe à un couple et avant qu’ils lui aient expliqué qu’ils n’étaient pas intéressés, il envoya la nappe dans un sachet, dix-quinze mètres plus haut. Je rejoignis le couple qui demanda au vendeur le prix de la nappe.

- 150 € – toujours à prononcer « iouro » !
- Non ! Pas pour cette nappe, répondit le mari, c’est trop cher.
- Toi français ?
- Oui.
- Alors ami, prix cadeau, 120€.

J’eus envie d’intervenir dans la discussion car le couple voulait laisser tomber.

- Eh ! 10 € au plus.
- T’es fou, toi !
- Il ne paiera pas plus pour la nappe ! 10 €, c’est toujours mieux que rien !
- 100 €.
- Non ! 10 !
- D’accord, d’accord, rien pour 10, rien pour 100. Dis un prix. 90 €.
- Non !

Au bout de dix minutes, nous réussîmes à avoir la nappe et les serviettes pour 15 euros. Après, une autre nappe arriva. J’y allai. Il en demandai 150 euros – on aurait dit que les vendeurs demandaient tous le même prix quel que soit l’objet qu’ils vendaient ; ils n’avaient pas conscience des prix exorbitants qu’ils réclamaient. J’essayai de marchander mais la dame s’y prenait très bien. Nous arrivâmes à l’avoir pour 15 euros. C’était une belle nappe en damassé et elle était contente de l’avoir eue pour ce prix-là. Je sympathisai du même coup avec ses deux enfants, Jérémie et Mélanie.

Lors du marchandage, le vendeur m’avait demandé mon nom et je lui avais demandé le sien, il s’appelait Saïd. Il ne voulait plus parler qu’à moi. Après avoir aussi aider à marchander un tapis pour 20 euros au lieu de 200, je voulus acheter une djellaba.

- Eh Saïd ! Tu as des djellabas ?
- Djellabas ? Manches courtes ou longues ?
- Courtes.
- Je n’ai plus de manches courtes. Quelle couleur ? Bleue, noire, rouge ?
- Noire. Mais j’en veux une à manches courtes, je viens d’en voir une.
- Ok, Benjamin.

Et il m’envoya une djellaba noire à manches courtes, l’encolure était garnie d’un galon doré. Elle était assez jolie. « Ca me fera un souvenir… »

- Saïd ! Combien ?
- Ami ?
- Oui, oui. Mais combien ?
- 80 €.
- Quoi ! Non, c’est trop cher. Tout à l’heure, des gens en ont eu pour 5 €.
- Non. 65 €.
- Saïd ! Ecoute-moi ! Je t’ai aidé à vendre plein d’articles, alors maintenant, tu es sympa et tu me la laisses pour 5 €, un point c’est tout !

A ce moment-là, il s’énerva, pris son chapeau et le jeta violemment par terre en criant. Je fis semblant de m’éloigner en laissant tomber puisqu’il ne voulait pas baisser le prix. J’entendis aussitôt :

- Benjamin ! Reviens ! OK, d’accord, 50 €.
- Mais tu es bouché, j’ai dit 5 pas 50 !

Deux minutes plus tard, j’avais la djellaba sur moi pour 5 euros.

En redescendant à ma cabine, je vis que le lendemain, il y avait une soirée déguisée : j’avais bien fait d’acheter la djellaba. Il ne me manquait plus que le chapeau.

Le soir, je discutai avec Jérémie et Mélanie. Il avait 16 ans et elle, 18. De plus, ils habitaient près de chez moi. Nous discutâmes toute la soirée.

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Auteur : Benjamin Wiacek
Mise en ligne le : mardi 06 décembre
Dernière mise à jour le : mardi 06 décembre
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