Amenhotep III

Un article du site www.egyptos.net

Nouvel Empire, XVIIIème dynastie. Il règne de 1392 à 1355 avant J-C.

Titulature

Nom d’Horus : deux possibilités :
N28M22D58W24
X1
G14N28G17U1
Aa11
D36
X1
C10
Serekh
Translittération Xa nXbt Xa m mAat
Transcriptionkhâ nekhbet khâem Maât
Traductionmanifestation de Nekhbet qui apparaît radieuse telle Maât
E2
D40
N28G17C10
Serekh
Translittération kA nXt Xa(w) m mAat
Transcriptionka nakht kaem Maât
TraductionTaureau puissant, celui qui est apparu en tant que Maât
Nom de Nebty :
S29Y5
N35
Y1
O4
Q3
G43Y1
Z2
S29W11
D21
V28D36
N17
N17
Translittération smn(w) hp.w sgrH(w) tA.wy
Transcriptionsemen hepou segerehe taouy
Traductioncelui qui établit les lois et apaise le Double-Pays
Nom d’Horus d’or :
O29
D36
F23
V28A24S22
X1 X1
Z2
G1
Translittération aA XpS Hw(w) stty.w
Transcriptionâa khepesh hou Setyou
TraductionCelui dont la force est grande, Celui qui a frappé les Asiatiques
Nom de couronnement :
<
N5C10V30
>
Translittération nb mAa.t ra
Transcriptionneb maât râ
TraductionRâ est le seigneur de la Maât
Nom de naissance : deux possibilités
<
M17Y5
N35
R4
X1
Q3
>
Translittération imn Htp(=w)
TranscriptionImenhotep
TraductionAmon est satisfait (Amenhotep)
<
M17Y5
N35
R4S38R19
>
Translittération imn Htp(=w) HqA wAs.t
TranscriptionImen hotep heqa Ouaset
Traduction :Amon est satisfait (Amenhotep), le souverain de Thèbes

Parents :

Le pharaon Thoutmosis IV et sa Grande Epouse Royale Moutemouya.

Successeur :

Amenhotep IV, son fils, qui prend ensuite le nom d’Akhenaton. Trop jeune lorsqu’il accède sur le trône, c’est sa mère Tiy qui assure la régence.

Biographie :

Statue d'Amenhotep III

Statue d'Amenhotep III retrouvée dans la cachette de la cour du temple d’Amon à Louxor, Musée de Louxor, Égypte.

Amenhotep n’a que 12 ans lorsqu’il accède au trône d’Egypte, succédant à son défunt père Thoutmosis IV, mais son règne s’étendra sur 38 ans, lui laissant le temps de fêter trois fêtes Sed, symbole de régénérescence du pouvoir royal. Sa Grande Epouse Royale fut la reine Tiy, filles de notables d’Akhmîm, Youya et Touya. Cette reine est très présente dans la politique du roi. Elle est assimilée à la déesse Hathor en tant que parèdre du roi, qui est l’Horus régnant sur les hommes, et parfois à la déesse Mout, parèdre du dieu dynastique Amon. Six enfants naissent de ce couple royal : deux garçons, un Thoutmosis qui meurt sans régner, et le futur Amenhotep IV, et quatre filles dont Isis et Satamon qui assureront les fonctions rituelles de reine.

Depuis le règne de son père Thoutmosis IV, une menace s’affirme au nord, sur le plateau de l’Anatolie. Le royaume Hittite est une puissance grandissante qui permet le rapprochement des ennemis d’antan. En effet une réconciliation apparait entre Mitanniens et égyptiens, une alliance est nécessaire pour affronter au mieux la menace l’ennemi du nord. Comme son père, Amenhotep marque cette alliance en épousant une princesse mitannienne du nom de Giloukhépa et une autre princesse babylonienne.

En revanche le roi décide d’affirmer sa présence au sud, en Nubie, en installant des temples dédiés au dieu Amon-Rê de Karnak, mais aussi dédiés au culte du roi et sa reine Tiy. Amenhotep y prend la forme divine lunaire, en tant que Neb-Maât-Rê Seigneur de la Nubie, et Tiy sous la forme de la déesse Hathor, une thématique reprise à l’époque ramesside pour les temples d’Abou Simbel. La reine voit son poids institutionnel renforcé.

Dès le début de son règne, une série de Scarabées commémoratifs de 15 cm de long contre 10 cm de large, portant une inscription sur la face plane, sont répandus dans les zones sous influences égyptiennes. Il en existe cinq types et 250 exemplaires ont été retrouvés :

Tête colossale d'Amenhotep

Tête colossale d'Amenhotep, The British Museum, Angleterre

L’apogée de l’art égyptien naît sous le règne de ce pharaon respectueux de ces ancêtres. Les types statuaires se multiplient, associant le quartzite, roche de couleur rouge associée au soleil et la granodiorite de couleur noire associée à la terre fertile.

Plus de 1000 statues royale et divine ont pu être découverte, à l’effigie de la déesse lionne Sekhmet, du babouin Thot, d’autres encore de Nephtys ou Anubis, tous des thèmes nouveaux de l’art statuaire. Parmi le thème statuaire, les statues royales se retrouvent en grand nombre, dont 45 colosses de plus de 3m de hauteur, et de nombreux ouchebtis.

Ce développement statuaire traduit une idéologie nouvelle de la conception du pouvoir. Les statues royales sont des monuments cultuels, les colosses sont désignés comme « image vivante » (« tout-ankh »). Le roi se rapproche du dieu créateur, il n’est plus seulement son fils, il devient sa représentation, on parle alors de divinisation ou déification du roi de son vivant.

Durant ses dernières années de règne, les statues à son effigie présente un roi jeune. Ces traits rajeunis témoignent du rajeunissement royal obtenu lors de la fête Sed, dite fête du Jubilé. Amenhotep III confie à Amenhotep fils de Hapou et Nebmertouf la tâche de lire les textes de l’Ancien Empire pour fêter le Jubilé selon la tradition ancienne. Ce travail de retour aux sources leur vaut d’être estimé par le roi et d’être ainsi représentés auprès de lui lors des trois jubilés de l’an 30, de l’an 33 et de l’an 36.

Du côté des constructions, Amenhotep III laisse sa marque sur le Grand Temple d’Amon à Karnak. On lui doit la déviation de l’axe nord-sud, dit axe royal, en implantant le dixième pylône en correspondance avec l’entrée du temple sur l’axe est-ouest dit axe divin. Son projet était d’ériger deux colosses de 21 m de haut à son effigie au devant, un seul sera implanté, il n’en reste qu’un fragment de pieds de grandes dimensions. Il démonte les monuments présents dans la cour, la Chapelle Blanche de Sésostris 1er et la Chapelle Rouge d’Hatchepsout, et l’utilise pour combler son pylône. Il installe également une colonnade (celle qui se trouvera au cœur de la grande Salle Hypostyle), afin d’offrir un accès monumental à l’entrée du temple. Il installe encore le troisième pylône et démonte tout ce qui se trouve dans la cour, comblant ainsi son pylône de monument tel que la Chapelle Blanche de Sésostris 1er et la Chapelle Rouge d’Hatchepsout.

Au lieu dit Opet, il fait ériger un temple à colonnade, en incluant dans son complexe la chapelle-reposoir de barque d’Hatchepsout. Il s’agit du temple de Louqsor, visité chaque année par les statues de la triade thébaine (Amon, Mout et Khonsu) lors de la fête d’Opet, durant une quinzaine de jour. Le reste du temps, un culte était rendu au roi divinisé, d’où la reprise du thème de la théogamie, déjà dépeint sur les parois du temple d’Hatchepsout à Deir El-Bahary. Le dieu Créateur Amon prend l’apparence du roi Thoutmosis IV pour s’unir à la Grande Epouse Royale Moutemouya, Amenhotep III est alors considéré comme fils charnel du dieu.

A Thèbes ouest, à Malgata, il fait ériger un immense palais royal, et y creuse un lac artificiel en l’honneur de son épouse Tiy, et il est possible qu’il fut également utilisé pour faire des courses de char.

Les colosses de Memnon

Les colosses de Memnon d’après la Description de l’Egypte.

Thèbes ouest accueille le temple de millions d’années, l’Amenophium, improprement appelé temple funéraire. Ce temple au culte royal, est utilisé comme reposoir de barque pour la statue d’Amon lors de ses différentes haltes lors de la Belle Fête de la Vallée. Le roi mort est transporté dans ce palais avant sa momification, et il reste possible que la momification ait pu avoir lieu au sein même de ces temples. Ils sont caractéristiques des rois du Nouvel-Empire. Son entrée est aujourd’hui visible grâce à l’imposante stature des deux colosses dit de Memnon. Fissuré par un séisme, le colosse nord émettait des sifflements aigus au lever du jour. A l’époque grecque, ce monument est associé à Memnon, héro grec tué par Achille dans l’Iliade, et implorant sa mère l’Aurore. Ce lieu attirait de nombreux pèlerins qui venaient consulter l’Oracle de Memnon. Durant l’époque romaine, Septime Sévère le fait restaurer le privant de sa voix à jamais. L’Amenophium, placé à la limite du désert et des terres cultivables, a énormément souffert. Les blocs de gré le constituant, baignant tous les ans dans les eaux de la crue, ont fini par éclater, à tel point qu’il est démantelé après la XXe dynastie. Mais ce temple des millions d’années, le plus grand connu à ce jour (550m de long contre 700m de large) aura accueilli les trois fêtes jubilaires du roi.

D’ailleurs, Amenhotep fils de Hapou, architecte d’Amenhotep III, scribe royal sous les ordres directs du roi, et scribe royal à la tête des recrues (il recrute les hommes pour les expéditions et pour les grands travaux), aussi Chef de tous les Travaux du roi, est chargé d’organiser le premier Jubilé du roi, normalement une tâche exclusivement réservée au premier héritier du roi (Amenhotep IV). Les privilèges de ce grand personnage ne s’arrête pas là puisqu’il a installé des statues cultuelles de lui-même dans plusieurs temples d’Egypte, comme à Athribis son lieu d’origine, et dans les différents complexes de Karnak, jouant alors le rôle d’intermède entre les hommes et les dieux. Autre fait unique pour un personnage non-royal, Amenhotep fils de Hapou possède son propre temple des millions d’années, érigé tout près de celui d’Amenhotep III. Sa tombe, pas retrouvé, aurait été creusé dans la vallée des rois, et des fragments de son sarcophage, eux retrouvés, présentent des dimensions royales. Son importance est telle qu’il devient aussi célèbre qu’Imhotep, et devient lui aussi un protecteur, un sauveur.

Amenhotep Fils de Hapou

Amenhotep Fils de Hapou, Musée de Louxor, Egypte

A la mort d’Amenhotep III, une certaine Egypte disparait. L’unité politique et religieuse d’une Egypte respectée au-delà de ses frontières se voit bouleversé par le cours règne de son fils, Amenhotep IV, remettant en question le temporel et la spiritualité, fondement de la théologie égyptienne.

Tombe :

West Valley 22

Mur nord de l’antichambre de la tombe d’Amenhotep III, West Valley 22 (copyright photo : OsirisNet)

Sa tombe, la KV 22 est découverte dans la Vallée des Rois en 1799 lors de l’Expédition de Bonaparte. Elle fut creusé dans la Vallée de l’Ouest (WV 22), ou le rejoindra plus tard le dernier pharaon de la période amarnienne Aÿ. Son plan, similaire à celui de Thoutmosis IV, présentant des changements d’axes presque à 90°, obéissant à la logique Est-Ouest/Nord-Sud. La chambre funéraire dotée de 7 chambres annexes accueillait probablement les momies de l’Epouse Royale Tiy et celle de Satamon, la fille du roi.

Cette tombe décorée selon le Livre de l’Amdouat [1] sur fond bleu-gris, n’échappe pas au pillage de la XXIe dynastie. Sa momie est retrouvée par Victor Loret en 1898 dans la tombe d’Amenhotep II qui fut réutilisé comme cachette de momie royale, elle présente un homme d’une cinquantaine d’année ayant succombé à la maladie b. Dans cette cachette la momie d’une femme âgée a été authentifiée comme celle de la reine Tiy.

Momie de la reine Tiy

« The Elder mummy » identifiée comme celle de la reine Tiy, retrouvée dans la Seconde Cachette Royale.

Pour en savoir plus sur la sépulture d'Amenhotep 3, rendez-vous sur le site d'OsirisNet.

Notes :

[1] Le Livre de l’Amdouat représente l’ensemble des textes funéraires royaux. Divisé en douze heures, il décrit ce qu’il y a dans l’au-delà et fournit au défunt les clés qui lui permettront de franchir à bord de la barque solaire, les douze régions du monde infernal qui se dresseront devant lui au cours de son retour vers la lumière. Ce voyage dans le monde inférieur est un reflet du voyage de la course nocturne du soleil.

Auteur : Elsa Fournié
Mise en ligne le : vendredi 17 juillet
Dernière mise à jour le : vendredi 17 juillet
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