4. Excursion au Caire

Un article du site www.egyptos.net

Sur le ferry je rencontre deux américains. J’espère qu’ils vont à la gare. Non. Ils rentrent seulement à leur hôtel de l’autre côté du Nil. Ils me racontent qu’ils ont déjà exploré tous les hôtels - bons et moins bons - de la West Bank avec les scorpions et l’hygiène qui laisse à désirer …

- Des scorpions ? Vous plaisantez ?
- Non !

Le train part à 23 heures.
Je reconnais tout de suite les touristes qui vont comme moi au Caire. Chacun a payé un prix différent. Intéressant.
J’embarque et, ô miracle, j’ai trouvé ma place.

Je partage le compartiment avec une famille de français avec leurs trois filles. Une conversation qui se terminera tard dans la nuit. Ils me donnent plein de trucs pour visiter le Caire à prix budget et me racontent leurs aventures. Ils ont fait un fabuleux voyage de trois jours en felouque à partir d’Assouan. Aux petites heures du matin, chacun s’endort avec des étoiles dans les yeux.

Huit heures du matin. J’ai commandé un copieux petit déjeuner. Dans une heure, nous arrivons à la gare Ramsès au Caire. L’ami français a la gentillesse de m’accompagner au guichet où je dois acheter mon billet de retour. Cette gare est immense. Heureusement, j’ai des anges gardiens partout dans ce pays, égyptiens ou autres.

Le métro du Caire. Il y a des wagons réservés aux femmes. Arrêt Place El Tahrir. C’est là que se trouve le fameux Musée Egyptien, rempli de chefs-d’œuvre. J’irai le visiter plus tard. C’est là que je dois prendre le bus pour le site de Gizeh et les pyramides.

Ce n’est pas facile du tout de trouver l’arrêt de bus. Peu de cairotes parlent anglais ou français. Je fais le tour de la place plusieurs fois avant que quelqu’un m’indique l’endroit. Le trajet dure une demi-heure et coûte une livre égyptienne .

Tout dans cette ville est démesuré. Le Caire, riche d’à peu près 16 millions d’âmes, connaît une circulation dense à toute heure du jour et de la nuit. 5 millions de véhicules la parcourent chaque jour. Une cacophonie ininterrompue de klaxons.

J’assiste à un autre événement, la prière du vendredi. Les tapis de prière que les croyants déroulent pour prier sur les trottoirs autant que dans les mosquées. Les dos se courbent à l’unisson. Vendredi est jour de congé en Egypte. Il y a aussi moins de circulation que les autres jours.

Au loin les silhouettes des pyramides.

Je descends du bus avec un américain, DJ, qui me propose de faire la visite en couple pour éviter les harcèlements divers qui nous attendent sur le site. Décidément ma route est parsemée de bons anges gardiens. En calèche ou en taxi, à dos de chameau ou à dos d’âne, le touriste n’a que l’embarras du choix pour se déplacer.

Oups ! Je ne me souvenais pas que le plateau de Gizeh fût aussi gigantesque.

Je n’arrête pas de m’extasier devant les géants de pierre. C’est ici que Napoléon se serait exclamé: « Du haut de ces pyramides, 40 siècles nous contemplent ». La grande pyramide était déjà une antiquité au temps de Toutankhamon. Cela donne à réfléchir. Pourquoi tant d’attirance pour ce morceau de désert ? Peut être parce qu’il n’existe pas un pays au monde où tellement de vestiges anciens ont été conservés en aussi bon état et que les découvertes continuent de jeter la lumière sur un passé que nous sentons si proche.

Le plateau de Gizeh se trouve à la lisière du désert libyque.

L’émotion que chacun ressent devant les pyramides vieilles de 5000 ans est difficile à décrire et reste toute personnelle. L’amateur comme l’historien, le profane comme le savant, reste sidéré devant cette grandeur. En les fixant sur la pellicule, c’est comme si on en emportait un petit morceau, comme un souvenir sacré. Chaque photographie prend un peu de leur âme, un peu de leur ka qui semble pourtant inépuisable.
On ne se lasse pas de les interroger dans tous les sens, les pyramides et leur gardien, le sphinx , qui paraît concentrer dans son regard toutes les interrogations du monde, tous les comment, tous les pourquoi de l’univers.

Les tombeaux et les pyramides de Gizeh ont été pillés depuis le début de l’histoire d’Egypte. C’est pourquoi à partir de Touthmôsis, les pharaons croyaient qu’ils mettraient leur momie et leurs trésors à l’abri des voleurs dans la Vallée des Rois, cette vallée secrète située à 700 km de Gizeh. Ils l’ont cru, à tort.

Les sollicitations harcelantes des marchands, chameliers et guides en tous genres nous tirent sans cesse de notre méditation qu’on aimerait plus silencieuse et plus solitaire.

DJ, qui cache sa nationalité américaine et se fait passer pour un canadien, joue de la flûte et semble calmer un moment les ardeurs de tous les commerçants ambulants. Nous nous installons dans un coin de dune et savourons la quiétude du désert en attendant l’ouverture de la grande pyramide que DJ va visiter.

Comme je n’ai pas pris de billet pour la grande pyramide, j’abandonne pour cette fois. La descente, dit-on, est harassante. Comme je me connais, ceci ne sera pas ma dernière expédition en Egypte. Je peux donc me réserver pour une visite suivante.

Pour nous rafraîchir un peu la mémoire (dans les grandes lignes) :

L’Egypte ancienne comportait 42 nomes, 22 au Nord, 20 au sud. Le premier Roi qui unifia les deux terres, la Haute et la Basse Egypte, fut Narmer, aussi appelé Ménès.

L’histoire des pharaons se divise en dynasties et en trois grandes périodes. L’ancien Empire va de la troisième à la sixième dynastie. Capitale, Memphis à quarante kilomètres du Caire. La quatrième dynastie est celle des bâtisseurs de pyramides: Chéops, Khephren et Mykérinos. Vient alors une période d’anarchie pour plus de cent ans.
Le Moyen Empire , fondé par Mentouhotep, dura environ 400 ans. C’est Thèbes, la moderne Louxor qui en devient la capitale.

C’est alors la deuxième période intermédiaire , la première fois que des étrangers, les Hyksos, règnent sur l’Egypte, pendant 200 ans.

Le Nouvel Empire est l’Age d’or de l’Egypte ancienne, l’ère des grands pharaons, les Thoutmosis, Ra, Aménophis, Séti, les Ramsès (dont le plus célèbre, Ramsès II, a eu l’un des règnes les plus longs de l’histoire égyptienne et qui a bâti pour notre plus grand plaisir les monuments les plus grandioses de l’Egypte.

L’Egypte connaît une dernière renaissance sous l’époque saïte (666-524) et passe d’une domination étrangère à l’autre jusqu’au royaume d’Egypte (1918-1952) et à l’Indépendance (1952-1970).

DJ reste à méditer sur le site de Gizeh tandis que moi j’ai rendez-vous avec Toutankhamon au musée que je retrouve avec un grand plaisir. Quelque 150.000 pièces, dont 30.000 attendent encore dans les réserves.

Le trésor de Toutankhamon occupe presque le premier étage du célèbre musée. Je ne me lasse pas d’aller le revoir encore et encore. Zawi Hawass, l’archéologue égyptien, qui est aussi le chef des antiquités égyptiennes, déclare qu’il visite souvent son musée. Il découvre chaque fois un objet qu’il ne connaissait pas. Alors, moi, humble profane, je ne résiste pas non plus ni aux pyramides, ni au musée, chaque fois que c’est possible.

Au rez-de-chaussée, se trouvent tous les chefs d’œuvre connus et moins connus. La pierre de Rosette , la belle triade de Khephren, la frise des oies de Meidoum qui donnent l’impression d’avoir été peintes hier, et tant d’autres merveilles.

Le musée ferme à 17 heures. J’ai du mal à m’extirper de l’endroit magique. Comme mon train repart à 22 heures vers Louxor, je me demande avec un peu d’anxiété ce que je vais pouvoir faire jusque là seule dans cette grande ville alors que la nuit va bientôt tomber.

A la sortie, je décline toutes les offres des chauffeurs de taxi sauf le dernier qui m’inspire confiance. En route ! Me voilà partie à l’aventure dans les rues du Caire. Mohammed, mon chauffeur, m’emmène vers la Cité des Morts. A Dieu va ! Il m’arrête devant la mosquée des Mamelouks, la plus ancienne du Caire, selon lui. Il me conduit au sommet et m’invite à prendre une photo splendide du Caire. Il me dit qu’un jour, c’est vraiment peu pour visiter une ville telle que le Caire. Je lui promets de passer plus de temps la prochaine fois. En fait, j’irais même bien voir la pyramide de Saqqarah.

Mohamed m’emmène dans la circulation folle du Caire pour me montrer le coucher du soleil sur les pyramides. Il me baptise Cléopâtre, prétendant que mon nez ressemble au sien. Il me promet de me montrer quelque chose de sublime. Vrai de vrai… Nous voilà partis en direction de Saqqarah. Toutes vitres ouvertes, je me laisse entraîner dans cette course folle et l’air qui rafraîchit fouette mon visage. Il est 18h30. J’admire au loin la silhouette arrondie de la pyramide de Meidoum, ce dont je n’aurais jamais pu rêver, comme ça à l’improviste. Nous longeons à grande vitesse le canal vers le village de Saqqarah. Au loin se dessine la pyramide à degrés de Saqqarah ! Je crois rêver. La toute première. Celle qui a servi de brouillon à toutes les autres, construite par le sage Imhotep, pas seulement architecte, mais aussi médecin, sage et conseiller du pharaon.

Je suis émerveillée. Plus je suis ravie, plus mon chauffeur veut me montrer les merveilles de son pays dont il est si fier. Je pense qu’il pourrait m’emmener à travers l’Egypte entière.

Je dois le rappeler à l’ordre. Car nous sommes très loin de la gare Ramsès et le train de nuit pour Louxor, lui, ne m’attendra pas. Un (bref) moment, je pense que je suis un peu imprudente … Je disparaîtrais quelque part au Caire ou, pire, quelque part, entre le Caire et Saqqarah, personne ne le saurait… Arrête fillette ! Tu lis trop de thrillers. D’ailleurs, ton ange gardien travaille - faut-il le rappeler ? - 24 heures sur 24.

Mohammed me ramène en triple vitesse vers le Caire et – O déception - m’emmène dans une boutique de papyrus. Je me retrouve devant le fiston, Ibrahim, qui m’éblouit par ses connaissances en égyptologie. Comme la plupart des étudiants égyptiens, il travaille dans la boutique et s’y connaît, je le vois tout de suite. Je me laisse tenter par la scène célèbre où Toutankhamon offre la fleur de lotus à sa jeune épouse Salam Une belle scène d’amour de l’histoire égyptienne.

Ibrahim continue la séance de torture en m’emmenant dans une boutique de parfum. Il a été tellement charmant et serviable que je ne peux pas faire autrement que d’acheter quelques souvenirs.
Après m’avoir offert un « koucheri makarona », père et fils me ramènent à la gare. Une journée intense. Au moment de payer la course – le moment de vérité -, Mohammed me dit que je peux lui donner ce que je veux … Est-ce le sourire de Cléopâtre qui a opéré le charme ? Je lui remets un salaire bien mérité.

Ibrahim me prend par la main et m’aide à traverser. Il me glisse son numéro de téléphone dans la main. Je lui fais un bisou d’adieu (le pauvre il doit encore en être tout retourné !). Un nombre impressionnant de voitures se déversent continuellement à cet endroit. Pourquoi tous ces égyptiens ont-ils des étoiles dans les yeux ?

Je leur fais un grand signe, consciente soudain que je viens de vivre des moments uniques et que je ne les reverrai probablement jamais. Je m’engouffre dans cette gigantesque gare à la recherche du quai d’où partent les trains vers la Haute Egypte.

Dans le compartiment spacieux à six places, je prends place entre deux hommes : un étudiant coréen et un professeur égyptien. Une longue dissertation sur les origines des langues nous emmène aux portes de la nuit, tandis que sur la banquette d’en face s’asseyent trois autres égyptiens qui s’emmitouflent la tête dans leurs grandes écharpes. Je suis la seule femme du compartiment et aussi la seule européenne.

Notre discussion linguistique sur les mérites respectifs du français, de l’anglais, du coréen et de l’arabe ne tarit pas avant les petites heures du matin.

Après quelques rêves peuplés d’étoiles et de pyramides sur fond de désert, j’ouvre les yeux sur un magnifique lever de soleil sur le Nil. Je tire le Coréen par la manche et on est deux à s’extasier devant le splendide disque orange. Le lever de soleil au détour du chemin. C’est magnifique.

Le voyage de nuit a été éreintant. Deux nuits de suite sans dormir.

J’ai commandé de nouveau un petit déjeuner, le temps d’arriver à Louxor à 8 heures du matin. Les deux seuls vrais petits déjeuners de ce séjour.

La température est plutôt fraîche et je reprends le chemin de mes pénates. Je rêve déjà à une douche sublime qui va me rafraîchir le corps et l’esprit avant un petit sommeil réparateur.

Tonnerre ! Pas d’eau. Pas de douche… Je vais au lit, pleine de frustration. Je me sens aussi malpropre qu’épuisée. Je m’endors du sommeil du juste. Il est presque 9 heures du matin.

1. L'arrivée 2. Première sortie 3. Visite de Louxor et ses environs

4. Excursion au Caire 5. Toute bonne chose à une fin
Auteur : Maggy Thiebaut
Mise en ligne le : samedi 01 juillet
Dernière mise à jour le : samedi 01 juillet
URL : http://www.egyptos.net/egyptos/visites-voyages/recit-de-voyage-maggy-page-04.php