2. Première sortie

Publié le samedi 01 juillet 2006 par Maggy Thiebaut Recommander l'article à un(e) ami(e) Version imprimable Version PDF (0) Lire / Ecrire un commentaire :

C’est le chant du muezzin qui me réveille. J’ai toujours rêvé de me réveiller à l’appel lancinant de la prière. Alla Ou Akbar.

J’ouvre une paupière puis l’autre sur les murs bleu clair de la chambre. L’installation électrique n’est pas encore terminée. Quelques fils dépassent ici et là.

Je me pince. Oui ! Je suis bien en Egypte, Louxor, El Gezireh, rive occidentale du Nil, prête à toutes les aventures. Prête ? Vraiment ?

La chambre n’a pas de fenêtre. Je vais ouvrir les volets dans mon somptueux salon oriental à broderies et couleurs chatoyantes dans les tons rouges et dorés. La lumière du soleil me caresse le visage. Je risque un coup d’œil à la maison d’en face. Mes voisins sont dans la cour en bas, occupés aux tâches quotidiennes. Un autre monde vraiment s’offre à moi. Je disparais discrètement à l’intérieur.

Dur dur … Je sors dans la rue. J’ai prévu des tenues que je juge fort discrètes : jupe ou pantalon long noir, une longue robe d’intérieur, un kaftan qui ici ne détonnera pas le moins du monde.

Mon foulard égyptien, acheté entre Louxor et Dendérah à ma première expédition, me servira de couvre-chef. Je suis dans le ton.

Le ferry local traverse le Nil en ligne droite et arrive presque en face du temple de Louxor. Il y en a un toutes les vingt minutes. La traversée coûte une livre égyptienne (LE). Pas de quoi se ruiner.

J’ai raté le ferry. Je ne connais pas encore bien les lieux et je me fais embarquer sur un bateau à moteur pour 3 LE. Pour le même prix, j’ai droit à une invitation pour le thé dans le village voisin, au récit d’une vie pas brillante et à une très longue balade sur le Nil. Je me doute qu’il y a beaucoup de vrai dans son histoire à quatre sous. Je décline aimablement son invitation et, ayant enfin débarqué sur l’autre rive, celle du temple de Louxor et de la civilisation en quelque sorte, je prends la Corniche en Nil, la Promenade des Anglais, version égyptienne.

Je me fais harceler, harceler, encore et encore par tous les rabatteurs en tous genres de la corniche. Felouque, calèche, taxi. Zut ! Je veux seulement marcher, si toutefois c’est possible. Ce n’est que le premier jour et je suis presque au bord de la crise de nerfs.

Je marche en direction du temple de Karnak à 3 kilomètres vers le nord. Je passe devant un cybercafé où je me renseigne sur les prix. Pas cher. J’irai plus tard donner des nouvelles aux copines qui aimeraient sans doute savoir si je suis bien arrivée et si je ne me suis pas encore fait kidnapper par un prince égyptien.

Je hèle un policier et lui demande où il y a des toilettes par ici. Il ne comprend rien. Il ne parle pas anglais et moi pas arabe, pas encore ! Je suis obligée de rebrousser chemin jusqu’au cybercafé. J’irai à Karnak un autre jour. Je profite d’un bon thé sans harcèlement et je jouis d’une paix royale !

En chemin, un vieillard me demande de lui acheter un vrai faux scarabée pour s’acheter à manger. Je passe mon chemin.

Le coucher de soleil reprend toute mon attention et me détourne de la misère humaine. Entre-temps, j’ai appris de source sûre autant qu’à mes dépens que Louxor est le paradis des arnaqueurs en tous genres. Il faut rester vigilant surtout quand on est une femme.

Je retraverse cette fois avec le ferry local. Une femme en noir me tend la main avec un joli sourire et m’aide à monter sur le bateau. Est-ce qu’elle va me demander un bakchich ? Eh bien non ! Je la perds de vue dans la foule colorée du ferry. Je ne vais pas devenir parano tout de même.

Le ferry local, tout un poème. Un hymne en l’honneur de l’Egypte, profonde et vivante. Le peuple égyptien. Les gallabiehs flottant au vent, les turbans et les écharpes des hommes, les fellahin , les robes noires et les voiles des femmes, les chèvres, les paquets en tous genres, le babillage des enfants. Je vais m’asseoir sur le pont supérieur. C’est de là qu’on a la meilleure vue sur le Nil et les rives proches et lointaines. Le Nil est magnifique dans l’obscurité naissante.

Je débarque sur l’autre rive. Il y a des taxis et des petites camionnettes avec des banquettes. Ce sont les taxis collectifs de Louxor, auxquels s’accrochent des grappes d’Egyptiens, ceux qui travaillent dans l’industrie du tourisme. Ayant décliné toutes les offres de transport, je me dirige le long du Nil vers la maison Galal, le long du Nil.

En Egypte, sauf exception, on n’est jamais loin du Nil. Il fait plus froid le soir et je supporte bien mon pull qui flotte toujours sur mon sac à dos d’aventurière en herbe. Le jour, je me fais harceler par les Egyptiens, le soir par les moustiques. C’est catastrophique.

Le sentier longe le fleuve millénaire. C’est l’heure où le soleil est en train de se coucher. C’est le moment romantique où les capitaines ou les rabatteurs se font très pressants pour vous offrir le coucher de soleil au fil de l’eau, en felouque ou en bateau à moteur. C’est l’heure où le dieu soleil Ra se couche à l’occident et commence son voyage secret dans le monde souterrain de la Douât, d’où il ne sortira qu’à la fin de la nuit pour inaugurer un nouveau cycle. Et ainsi de suite jusqu’à la fin des temps.

As Salam Aleikoum . Waleikoum Salam .

La famille est là au complet.

La mère me fait signe de m’asseoir sur le banc devant la maison.

La température a baissé d’un seul coup et les deux petits frères vont ramasser du bois. La nuit est tombée.
J’assiste l’œil émerveillé au spectacle. Devant la porte, dans l’obscurité, sur une tôle de fer, les gamins frottent des allumettes sur le bois sec. Les flammes, d’abord timides, prennent de l’assurance et s’élancent dans un ballet magique pour combattre vainement la nuit. Les mains se frottent pour se réchauffer et les yeux brillent.
Moment magique. Un ange passe. Le rituel du feu me fait remonter le temps vers l’Egypte ancienne. Les gestes n’ont probablement pas beaucoup changé depuis l’aube des temps.

Le temps passe lentement. Aussi lentement que le Nil le long de ses rives millénaires.

Pendant que le feu se meurt, les filles se sont éclipsées dans la cuisine et préparent le souper. Une bonne odeur émeut les estomacs affamés. Je profite de la chaleur des dernières braises qu’on transporte sur la tôle métallique à l’intérieur sur le sol de terre battue. Les Egyptiens n’aiment pas l’hiver et le froid. Le petit frère joue avec le feu qui couve sous la cendre.

Comme j’aimerais arrêter le temps. C’est l’un de ces moments dans une vie, qu’on voudrait figer.

Une des filles déroule le tapis sur le sol et l’autre apporte une table basse en bois, ronde, pliante et plus que branlante.

Il y a beaucoup de monde ce soir. Les Egyptiens ont une vie sociale très riche. La famille, les amis, les visiteurs de fortune. Il y aussi une petite princesse d’Egypte, Zinab.

Les victuailles s’installent. Riz, pâtes de blé, sauce, crudités, ainsi que le pain traditionnel dont la fabrication vient du fond des âges. La pâte sans levure qu’on fait chauffer et cuire au soleil. Je manque de conversation malgré la bonne volonté de tous. Personne ne parle anglais et encore moins français. Le seul langage que je puisse parler est le sourire et les hochements de tête. Décidément, il me faudrait apprendre quelques mots d’arabe.

Le repas est délicieux. Après le thé, nous allons jouer une partie de billard américain. Le billard est avec les dames et les dominos l’occupation préférée des Egyptiens en dehors de la chicha, bien sûr.

Après une dernière infusion à l’anis , je m’en vais me replonger dans les aventures de Sinouhé l’Egyptien.

Au temps d’Akhenaton Sinouhé vit vers 1300 avant notre ère sous la 18ème dynastie, sous le règne du pharaon Aménophis III, le père d’Akhenaton. Le premier « médecin sans frontières» rencontre les maîtres d’une Egypte troublée et passionnante. Il doit s’exiler et d’une curiosité infinie, il étudie les coutumes de peuples du moyen orient.

Aménophis III, le père d’Akhenaton, a fait construire dans la Vallée des Rois un temple funéraire dont il ne reste que deux statues géantes, auxquelles les Grecs ont donné le nom de « Colosses de Memnon ».

Aménophis IV, le fils du précédent, devenu Akhenaton, épouse la belle Néfertiti . Akhenaton interdit le culte d’Amon Ra et rend hommage au Dieu Unique, Ra, alors que Thèbes adore Amon. C’est en plein désert, à quelques centaines de kilomètres de Thèbes vers le Nord, qu’il va bâtir sa nouvelle capitale, Akhet-Aton . Son règne aussi intense que bref s’achève et la nouvelle cité est laissée aux sables du désert.
Ce règne constitue une révolution à bien des égards, dans la religion, l’art et la vie quotidienne. Il est une menace pour le clergé d’Amon qui le considère comme un hérétique. Akhenaton, le premier monothéiste de l’histoire. Comme tous les grands de ce monde, trop en avance sur son temps, il est mort incompris par ses contemporains.

Tout Ankh Aton lui succède dans cette période troublée. Il redevient Tout Ankh Amon et doit, sous la pression de Thèbes, restaurer la religion d’Amon. Ce petit roitelet mort à 18 ans est devenu célèbre grâce à Howard Carter qui découvrit dans la Vallée des Rois la fameuse tombe n° 62. La seule tombe restée inviolée. On en a découvert à ce jour 64 .

Ay est le père de Néfertiti et grand prêtre de la religion d’Amon.

Horemheb, général des armées d’Akhenaton. Il est « né avec du fumier entre les orteils » - n’étant ni noble ni de sang royal. Il épouse l’une des filles du pharaon Ay, la sœur de Néfertiti et devient pharaon à son tour.

Histoires de pouvoir et d’intrigues, de chemins de connaissance et d’amour. Un roman universel.

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