3. Visite de Louxor et ses environs

Publié le samedi 01 juillet 2006 par Maggy Thiebaut Recommander l'article à un(e) ami(e) Version imprimable Version PDF (0) Lire / Ecrire un commentaire :

Un bon petit chocolat me donne du cœur à l’ouvrage pour sortir de mes pénates. Dans la rue, je prends même le courage de dire un timide Salam aux femmes en noir qui, hier encore, m’effrayaient un peu. Elles répondent gentiment à mon salut. Je suis la seule touriste du quartier et elles doivent me considérer comme une extra-terrestre.

Ici, je suis dans l’autre camp, celui des étrangers. Les Egyptiens sont un peuple accueillant. Ce n’est pas comme dans notre Belgique bien aimée où on n’aime les étrangers que quand ils ne sont pas trop basanés.
Un peu plus assurée qu’hier, je trouve l’embarcadère directement et mon capitaine d’hier me fait des grands signes. J’ai trouvé mes repères pour ne plus me tromper. C’est fabuleux. Je me sens vraiment chez moi

Au temple de Louxor, la gentillesse des Egyptiens d’aujourd’hui me fait oublier les affres d’hier.

C’est samedi, jour de congé des écoliers. Le temple est rempli d’étudiants qui veulent tous me prendre en photo pour leur album souvenir.

L’entrée majestueuse avec l’obélisque (l’autre se trouve sur la Place de la Concorde à Paris) ouvre un passage qui débouche sur la cour de Ramsès II. A droite, dans la cour, se trouvent les trois chapelles d’Hatshepsout, consacrées à la triade thébaine, le dieu Amon, son épouse, Mout, et leur fils, Khonsou. A gauche, l’entrée de la mosquée Abu El Hagag, à trois mètres de hauteur, montre que le temple était totalement ensablé au 12ème siècle lorsque les musulmans ont construit sans le savoir la mosquée sur ses ruines. Le temple de Louxor a servi aussi aux chrétiens coptes.

La fête d’Opet bat son plein. C’est par l’allée de béliers longue de trois kilomètres reliant le temple de Karnak au temple de Louxor que les prêtres transportent solennellement le dieu Amon. La procession se déroule aussi par voie d’eau, sur le Nil. Chaque année, trois semaines durant, Thèbes en liesse célèbre les noces du dieu Amon et de son épouse, Mout. La virilité du dieu Amon est le gage de celle de Pharaon, maître des deux terres, héritier de la double couronne. Symbole de la vitalité du Nil et de l’Egypte.

La salle hypostyle avec ses quatre rangées de huit piliers.

La cour Ra III et la salle de la naissance. Comme le futur pharaon n’était pas d’origine royale, il fait raconter une naissance divine qui le fait descendre directement du dieu Amon .

Un vieil égyptien me sert de guide pour la visite de la dernière partie du temple. Un petit bakchich par ci, un petit bakchich par là. Déjà il y a cent ans, Gérard de Nerval disait :

« Les gens d’ici sont d’une douceur admirable. Ce serait le meilleur peuple de la terre sans son avidité pour le bakchich ».

J’ai passé l’après-midi dans le merveilleux temple de Louxor, à m’asseoir à l’ombre des colonnes qui ont vu passer les prêtres de l’antique religion d’Egypte.

Je prends le temps d’admirer les chapelles d’Hatshepsout et la statue assise du couple formé par Toutankhamon et son épouse Ankhsenamon.

Eblouie par le soleil, je vais siroter un karkadé à la terrasse du Mina Palace, perdue dans mes rêves.

J’assiste à nouveau au miracle du coucher du soleil qui embrase Louxor.

Comme l’affirme le dicton, quiconque a bu l’eau du Nil reviendra en Egypte. Quelqu’un a dû me faire de l’eau du Nil à mon insu.

J’ai retraversé le Nil par le ferry.

Repas en famille, chou farci de riz et d’épices succulentes, des haricots rouges en sauce et le pain typique.

Les yeux brillent dans l’obscurité et la conversation bat son plein. Je me laisse bercer par la langue égyptienne. Je ne comprends rien mais je commence à attraper quelques sonorités au vol. J’adore ça!
Tout le monde mange avec les doigts au même plat. Pour le riz, chacun sa cuillère. Pour le reste, on trempe simplement le morceau de pain dans la sauce. On regarde le feuilleton mélo à la télé, Dallas à la sauce égyptienne !

Comment, direz-vous, regarde-t-on la télé sans électricité dans un endroit coupé du monde au bord du Nil ? Pas de mystère. Avec une grosse batterie. Il y a aussi une lampe solaire , cadeau d’un touriste allemand. Encore un truc égyptien .

Je repars le long du Nil et nous programmons mon excursion du lendemain. Hassan m’accompagnera avec son taxi. Sa femme nous prépare le thé.

Je suis surexcitée. En route vers la Vallée des rois.

Les Colosses de Memnon : c’est tout ce qu’il reste du monument funéraire d’Aménophis III, le père d’Akhenaton.

Les crues du Nil ont rongé les colosses et les tremblements de terre les ont achevés. Dans l’Antiquité gréco-romaine, au début de notre ère, un tremblement de terre fissura la pierre et tous les matins, la dilatation du soleil faisait gémir une des deux statues. Les romains accouraient pour assister au phénomène. Même l’empereur Hadrien. Ce sont les Grecs qui leur donnèrent leur nom. Ils pensaient qu’il s’agissait de Memnon, un héros mort à la guerre de Troie et fils de la déesse «Aurore». Ils croyaient qu’Aurore pleurait la mort de son fils. Les Colosses constituaient une vraie attraction dans le monde antique. Le miracle ne se produisait pas chaque matin et il fallait parfois de la patience.
Septime Sévère fit réparer la statue qui s’est tue à jamais. Les mauvaises langues disent que Septime Sévère l’a fait exprès pour faire taire les lamentations de Memnon.

C’est dans la Vallée des rois , au pied d’une montagne de rocailles en plein désert que les pharaons se firent inhumer à partir de Thoutmosis parce que l’endroit était désertique et surtout inaccessible, du moins le croyaient-ils. C’est lui le premier qui a l’idée d’y cacher sa sépulture. Thoutmosis inaugure la 18è dynastie et le Nouvel Empire en 1580 avant notre ère . C’est l’Age d’or de l’Egypte, l’ère des grands pharaons. Aux Thoutmosis, succèdent les Amosis, les Aménophis, les Séti, les Ramsès. Le plus célèbre, Ramsès II, a eu l’un des règnes les plus longs de l’histoire égyptienne et a érigé les monuments les plus grandioses de l’Egypte du nord au grand sud, à la frontière du Soudan actuel.

Je visite seulement la tombe de Toutankhamon, car j’ai visité auparavant d’autres tombes. Rien à voir, disent les guides. C’est un peu vrai ! Un long couloir aboutit dans une petite pièce où se trouvent le sarcophage et la momie de Toutankhamon. Quelques peintures splendides sur les murs, mais un peu décevant aussi que pour ce prix exorbitant (12.50 €), en plus du droit d’entrée au site, on ne puisse pas pénétrer dans les autres pièces de la tombe. Bon ! Je l’aurai vue de mes yeux la tombe célèbre dont je connais maintenant l’histoire par coeur. Howard Carter a consacré des années de sa vie pour enlever aux entrailles de l’endroit les cinq mille objets de la tombe. C’est maintenant le trésor le plus fabuleux de l’Egypte, conservé au musée du Caire. Je remonte à l’air libre. J’oublie toujours combien le soleil d’Egypte est cuisant.

Les étudiants que j’ai rencontrés hier au temple de Louxor me font un petit signe amical.

En route pour les temples funéraires.

Le Temple de Medinet Abou est le temple funéraire de Ramsès III. Peintures superbement conservées. J’ai droit à un guide privé, un très vieil égyptien en Gezireh et turban qui m’explique tout avec une patience infinie. Il m’invite à m’asseoir sur une colonne qui a été rasée par les romains il y a une éternité. Il se roule une cigarette et le temps s’arrête. Il apprécie les amoureux de l’Egypte comme moi, qui prennent le temps de prendre leur temps. Il me parle de sa famille ; il a plusieurs femmes et beaucoup d’enfants. Au loin, les rumeurs lointaines d’un troupeau de touristes. Il n’y en a pas beaucoup par ici. C’est une chance.

Plus loin, le Ramesseum est le temple funéraire de Ramsès II, le grand pharaon. La statue colossale s’est effondrée et pèse des tonnes . La tête et le torse gisent encore dans le sable du désert. Grandeur et décadence. Seuls, les pieds sont restés à leur place. Partout, je trouve un aimable guide, qui ne demande qu’à me faire profiter de ses connaissances pour quelques guinées. Il m’emmène dans une aventure périlleuse sur le toit du temple, là où les touristes n’ont normalement pas accès. C’est ce qu’il me dit, en tout cas. La vue sur la campagne thébaine est superbe. Je médite un moment sur l’infini. S’il est difficile de monter et d’escalader les pierres éboulées, la descente fut encore plus périlleuse. C’est un vrai miracle si je ne me suis pas rompu les os. Mon guide est costaud. Il mérite bien son salaire.

Deir El Medineh. Le village des artisans. Le site dont je rêve depuis quelques semaines à travers la saga de «La pierre de Lumière» . C’est là qu’ont vécu les bâtisseurs des tombes royales. Tailleurs de pierre, sculpteurs, peintres, artisans. Il reste le tracé des rues et un mètre environ des fondations de leurs maisons. Je parcours les rues du village où voguent encore quelques fantômes. Des pyramides minuscules se dressent ici et là dans le village. Ce sont les tombes des artisans. Ces tombes sont beaucoup plus petites que celles des pharaons, cela va de soi, mais les peintures sont magnifiques. C’est comme si elles avaient été peintes hier. Ce site est si émouvant que j’en oublie presque la chaleur. C’est un exemple unique de constructions profanes. Dans ce village, vieux de 3.500 ans vivait une élite de maîtres ouvriers qui ont assuré la vie éternelle des pharaons à partir du Nouvel Empire. Dans le silence, j’entends presque le bruit des pas des habitants anciens dans les rues désertes.

Il y aussi une merveille de petit temple, celui des artisans, qui célèbre les deux grands architectes du monde antique égyptien, Imhotep et Habu. Des couleurs superbes. Un lieu fascinant, pourtant pas très fréquenté. Ma première visite en Egypte fut du style fast food et je me suis promis que plus jamais je ne visiterais un pays de cette façon. Tant mieux pour moi. Je suis seule sur le site et j’en profite.
Il y a là un Egyptien en turban et gallabieh - il y en comme ça partout qui n’attendent que le touriste – qui me conduit au bord d’un puits naturel qui donne le frisson. Oups ! Ce doit être rempli de merveilles antiques d’époque. Il me montre de vraies fausses antiquités et m’offre un petit objet en faïence. J’ai beau être passionnée ; je suis incapable de reconnaître un vrai objet d’un faux. J’emporte mon cadeau sans me poser de questions. Il rêve que la richissime européenne qu’il croit que je suis, reviendra lui acheter ses vraies fausses antiquités à prix d’or …

Ramesseum Rest House. C’est une immense cafeteria. Rencontre avec une légende, Abdel Rassoul.

Pour la petite histoire.

Howard Carter fouillait la vallée des rois à la recherche de la tombe de Toutankhamon, au bord du désespoir. Un jour, un petit porteur d’eau cherche un endroit pour poser sa jarre et creuse le sable avec sa sandale, quand il sent un endroit dur sous sa babouche. Une pierre - non pas polie par le vent du désert mais façonnée par la main de l’homme. C’était la première marche de la fameuse tombe qui n’a pas fini de faire couler l’encre. Ce petit porteur d’eau était le grand père de notre Abdel Rassoul. Celui-ci a tapissé ses murs avec les photos des célébrités en tous genres qui ont visité son auberge au seuil du désert.

Nous repassons devant la maison de la colline. C’est là que Howard Carter a vécu pendant qu’il recherchait la tombe du petit pharaon perdu, aidé financièrement par le fameux Lord Carnarvon. Cette maison est devenue la mission archéologique anglaise.

L’adorable épouse de Hassan nous attend avec une surprise. Elle m’a préparé un repas, un grand plateau avec un vrai festin.

Les journées passent avec leurs moissons de découvertes, de rencontres, de déceptions parfois. Il faut rester ouvert mais vigilant. J’accepte les invitations à la conversation et au thé.

Il faut savoir que Louxor est le pays des arnaques. Il faut rester ouvert mais vigilant. Conscient de cela, on peut avoir de vraies conversations.

L’après-midi, sur la corniche j’ai rencontré Youssef qui m’a offert le thé. Nous avons fait une longue promenade jusqu’au temple de Karnak. Et nous n’avons pas arrêté de boire du thé, dans des cafés vraiment locaux.

Abu Hagag, qui porte le même nom que le célèbre saint de la mosquée du temple de Louxor, habite aussi le long du Nil. J’ai fait une partie de dames avec lui au café Om Khalsoum. Il m’a aussi initié à la chicha , la pipe à eau, célèbre dans tout le moyen orient.

Je décide d’aller au Caire avec le train de nuit. Retour la nuit suivante. Je vais acheter mon billet à l’avance pour réserver ma place.

En attendant, magnifique promenade jusqu’au coucher du soleil, qui est toujours le point culminant de la journée. Je ne me lasse pas d’admirer le ballet des felouques qui passent et repassent devant le soleil couchant. Ce spectacle est un véritable ravissement pour l’âme. C’est l’une des choses au monde qui vous fait sentir que vous êtes vivant.

Thèbes, la ville aux cent portes.

A 700 kilomètres du Caire, sur la rive droite du Nil, Thèbes fut un des centres les plus importants de l’Egypte pharaonique. Thèbes occupait l’espace entre les agglomérations modernes de Louxor et de Karnak distantes de 2 kilomètres.

Sur la rive gauche, en face de la cité des vivants, s’étend le domaine des ombres, un gigantesque ensemble de nécropoles, de temples funéraires et d’hypogées . Les anciens Egyptiens enterraient leurs morts sur la rive d’occident et vivaient à l’Orient.

C’est au Nouvel empire que Thèbes connaît son plus grand rayonnement. Thoutmès, Hatshepsout, Aménophis IV - Akhenaton, Séti Ier et Ramsès II constituent un vaste empire et exigent des peuples soumis de lourds tributs. Les richesses affluent en Egypte et profitent d’abord au roi et au clergé de Thèbes qui devient le centre artistique le plus important du Proche orient.

C’est au conquérant assyrien, Assourbanipal, en l’an 665 que l’on doit la destruction de Thèbes dont les essais de restauration ne lui rendirent jamais sa splendeur. Avec les pyramides de Gizeh, Thèbes est la démonstration la plus illustre du génie égyptien. «Thèbes est plus sainte qu’aucune ville. L’eau et la terre ont commencé d’y exister. Bonheur à celui qui vient y mourir. Il sera une âme divine !»

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