1. L'arrivée

Un article du site www.egyptos.net

Comme la vie à Bruxelles manque de sel sans le soleil d’Egypte. Sans le Nil et la montagne de Thèbes, sans les ânes et les chameaux, sans les temples et les pyramides. Je manque d’oxygène et mon cœur vit au ralenti.

C’est décidé. Je repars à Louxor . Je ne demande même plus s’il y a quelqu’un pour m’accompagner. Je pars seule - Inch Allah, comme on dit là-bas. J’assouvirai ma passion en toute impunité et en solo.

Mon premier voyage en Egypte était un hasard, mais il a fait basculer ma vie. Avec deux copines sur la mer rouge. Sept jours dont un à Louxor et un au Caire. Tourisme fast food. En fait, juste assez pour attraper le virus, contre lequel, je crois, il n’existe pas d’antidote à ce jour.

Cette fois, j’ai envie de goûter à l’Egypte locale. Je commence à être rodée, du moins c’est ce que je crois. Gamal, mon correspondant à Louxor propose de me réserver un logement (hôtel ou flat) sur l’autre rive du Nil. Il travaille à l’hôtel comme moniteur sportif, il n’aura pas beaucoup le temps de s’occuper de moi et de jouer au guide.

- Tu peux venir me chercher à l’aéroport au moins ?
- Bien sûr ! Et je peux réserver pour toi. Quelque chose de bien.

Jour J -1
Je me suis promis de ne prendre que le nécessaire : louable effort. Il neige sur Bruxelles. Comme la première fois en avril 1999.

Jour J
Arrivée prévue vers midi heure belge - 13h heure égyptienne.

J’ai tout le temps d’étudier mon programme. Je pars sur les traces de Sinouhé l’Egyptien . Le plus lourd dans mes bagages, c’est ma bibliothèque portative: les guides et un ou deux romans. Pour finir la journée de moissons en beauté.

Pour la centième fois au moins, je regarde la carte d’Egypte. Rien qu’à la voir, ça me donne des fourmillements d’excitation. J’en ai une grande aussi au-dessus de mon bureau, en plus de celle qui est en permanence dans ma tête.

Au Nord la Méditerranée. Au sud le Soudan.
A l’Est, le désert arabique et la Mer Rouge. Au-delà de la Mer Rouge, la péninsule de désert minéral que constitue le Sinaï, rattaché à l’Egypte depuis la Guerre des Six Jours en 1967.
A l’Ouest, le désert libyque qui n’est que le prolongement du Sahara.
L’Egypte s’étend sur près d’un million de kilomètres carrés .
En fait, l’Egypte n’est qu’un «morceau du Sahara » et la terre habitée n’est qu’un «accident de paysage », qui représente seulement 4% du pays. Seuls, le Delta, les rives du Nil, quelques oasis et quelques minces bandes côtières sont habités. Le reste n’est qu’une vaste étendue désertique et hostile.

L’Egypte compte à peu près 62 millions d’habitants dont 18 millions au Caire et 97% de la population vit sur 4% du territoire.

J’atterris le coeur battant. Sera-ce émerveillement ou arnaques en tous genres ? Probablement les deux. Je me promets de rester à la fois vigilante et ouverte. La voix métallique du commandant de bord annonce l’atterrissage à Louxor. Dehors, la température est de 25 degrés. Mon cœur bat la chamade, exactement comme si j’allais rejoindre un amoureux. En fait, c’est encore plus que cela. C’est devenu une passion. Méfiez-vous. Si vous allez plus de deux fois en Egypte, vous êtes fichu(e). C’est que l’Egypte est entrée en vous, par vos veines, par vos pores et elle n’en sortira plus.

Le douanier me remballe. J’ai oublié d’acheter des timbres fiscaux au guichet. Les coller sur le passeport. Payer en dollars. Surtout pas en livres égyptiennes (celles du dernier voyage), les guinées, comme ils disent.

Je sors enfin à l’air libre en traînant mon trolley et je reconnais Gamal, mon guide en gallate bleu sombre. Il a l’air très smart. Il m’explique le topo. Ce sera un flat.

Je m’attends à toute éventualité, n’ayant aucune idée de ce qu’on appelle un flat à Louxor. Ce sera probablement une expérience et j’ai hâte de découvrir mon logis pour les deux prochaines semaines. En attendant, je regarde de tous mes yeux le paysage de Louxor et le Nil sur lequel veille le dieu Hapy. Nous traversons le pont de Louxor pour aller sur l’autre rive, la rive d’occident, celle des morts. Là où les anciens ont enterré leurs pharaons. Rapport au coucher du soleil.

L’Egypte est un don du Nil. Sans le Nil, l’Egypte n’existerait pas. Le fleuve prend sa source en Afrique noire et c’est le plus grand fleuve du continent. Lorsqu’il se jette dans la Mer Méditerranée, il a traversé 6 pays et parcouru près de 6700 kilomètres . C’est le plus grand fleuve d’Afrique.

La crue annuelle était provoquée par les pluies dans la région des grands lacs et du plateau d’Ethiopie. Les eaux montaient au lever de l’étoile Sirius (Sothis pour les anciens). C’était le Nouvel An égyptien. Les anciens connaissaient trois saisons : l’inondation, la germination et la sécheresse. Un réseau de canaux irriguait (déjà) les champs. Les nilomètres permettaient de mesurer la montée des eaux et de déterminer ainsi l’impôt prélevé par Pharaon. Les anciens Egyptiens guettaient anxieusement les signes avant-coureurs de la crue, providentielle. Insuffisante, elle causait famine et désolation. Excessive, elle provoquait désastre et catastrophe. Pharaon, le dieu vivant, en était le gardien.

J’en suis là de mes réflexions quand le taxi me débarque dans le quartier de El Gezireh, dans une rue de terre battue. Habitat local. Ouh lala ! Ma fille ! Dans quelle galère tu t’es embarquée ? Est-ce vraiment là mon chez moi pour les prochaines semaines ?

Hassan, le chauffeur de taxi, est aussi le propriétaire de la maison. Il me fait visiter mon flat et m’annonce fièrement que j’en suis la première occupante. Le salon a un balconnet donnant sur la rue, pas sur le Nil. Il y a une petite chambre, une cuisine semi équipée, une salle d’eau avec douche et toilette. Je suis rassurée. Ce n’est pas le grand luxe, mais c’est joli, confortable et très propre. C’est beaucoup mieux que je n’imaginais, puisque je m’attendais au pire.

110 LE pour deux semaines. Il m’avoue que ce serait le même prix pour un mois. L’épouse apporte le thé de bienvenue sur un grand plateau. Au Moyen Orient, on négocie toujours autour d’une tasse de thé bien sucré.

Je grimpe sur le toit à ciel ouvert. Typique. J’adore ! Ici, c’est le royaume des poules et des sacs de ciment. Et comme je suis en plein milieu du village, près de la mosquée, ce n’est donc pas ici que je pourrai prendre des bains de soleil. La vue est splendide. Au loin, le Nil.

Je suis debout depuis 2H30 du matin et il est 14h, heure locale (midi heure belge). Pourtant, la fatigue du voyage s’est envolée d’un coup. C’est curieux comme l’Egypte me donne de l’énergie.

Je m’approvisionne en eau au magasin du coin et je me fais (déjà) arnaquer. Qu’à cela ne tienne. Je ne vais pas laisser entamer ma bonne humeur pour une bouteille d’eau achetée à prix d’or.

l y a quelques échoppes dont l’une s’intitule pompeusement supermarché et l’autre est un loueur de vélos. En face, il y a un cybercafé, quelques cafés locaux et la boutique de souvenirs de mon proprio. Plus loin la mosquée et la route qui va à la nécropole thébaine.

Mon premier jour se passe à explorer les alentours très timidement. Pourquoi est-ce que c’est toujours la crainte qui vient avant autre chose ? La peur de ce qui est différent ou inconnu. Un monde totalement étrange et étranger.

Je prends la direction de l’embarcadère.

Je ne traverserai pas maintenant. Gamal m’emmène voir sa famille, à dix minutes de là. Le Nil fait une courbe que je baptise solennellement le «Camel Corner», le coin aux chameaux, parce qu’il y a là en permanence quelques chameaux et des gamins qui ne demandent qu’à vous emmener en balade à dos de chameau . Le petit sentier sablonneux longe le Nil. C’est fabuleux.
A droite le restaurant « Toutankhamon ». Plus loin, ça sent bon le foin. Une vache broute l’herbe tendre d’Egypte et ne se détourne même pas pour regarder passer la touriste qui débarque de sa petite Belgique.

Après deux autres palmiers qui montent la garde sur le chemin, nous arrivons dans une maison modeste comme il y en a tant ici.

Je fais connaissance avec la famille Galal, sa mère, vêtue de noir comme toutes les veuves d’Egypte, trois soeurs et trois frères. La sœur aînée, mariée, habite à côté. Je me sens comme une princesse dans une masure. En comparaison, les pauvres de chez nous ne sont pas si mal lotis. Le mobilier du « living » se résume à deux banquettes le long des murs. Sur le sol de terre battue, un tapis dont les couleurs sont passées depuis l’aube des temps. Les poules rentrent et sortent à leur guise.

Thé de bienvenue. Hospitalité égyptienne.

Personne ne parle l’anglais, sauf le petit frère et Galal que j’ai rencontré à l’hôtel à mon voyage précédent en septembre passé. Il m’a offert un coca à la terrasse (sur le toit) d’un café sur la rive d’en face. Puis, il m’a emmené ici chez lui le soir dans l’obscurité. Dans la nuit noire, nous avons grimpé sur le toit terrasse. J’ai entendu coasser les grenouilles, écouté couler le Nil millénaire, regardé briller les étoiles.

C’est moins romantique en plein jour. Rude réalité. Pourtant, je goûte le thé en écoutant le Nil couler dans le calme de la rive d’Occident. Ici, pas de chauffage (on n’en a pas besoin), pas d’électricité non plus. Rien du confort moderne n’a envahi cette maison d’un autre âge. Aucune concession au vingtième siècle, sauf le téléphone mobile.

Galal me raccompagne à hauteur de la mosquée. Le temps de défaire ma valise et de m’installer dans mes nouveaux quartiers. Je suis sous le choc.

Je viens de rencontrer l’Egypte profonde. Je ne regrette rien. Un avant-goût de l’Egypte. La vraie. Pas celle des touristes de luxe. Celle des Egyptiens. Des vrais. Des vivants. Pas ceux des livres d’art et d’histoire. L’Egypte n’est pas qu’un pays fossile, de momies. Un pays plein de merveilleux monuments à visiter. C’est aussi un pays du tiers monde, habité d’êtres de chair et de sang.

Oups ! La salle d’eau est inondée. A la toilette est reliée un petit tuyau avec un jet d’eau. Je n’ai pas compris tout de suite à quoi ça sert. Il y a rarement du papier de toilette. Très ingénieux. Il faudra tout de même un de ces jours que je demande une explication approfondie sur la question pour ne pas mourir idiote. Comme j’ai laissé ce robinet ouvert une heure, il y a une inondation, limitée, heureusement, à la salle d’eau.

Premier souper frugal : pain, fromage égyptien et eau chaude. J’ai oublié d’acheter du café. Je ne veux pas déranger les proprios et encore moins retourner au magasin.

Je m’endors comme un loir. Je n’ai même pas ouvert un bouquin, ce qui, pour moi, est signe de grande fatigue.

Aboiements des chiens, braiement des ânes en sourdine de mon subconscient toute la nuit : est-ce là le calme qu’on m’avait promis sur la rive d’occident ?

1. L'arrivée 2. Première sortie 3. Visite de Louxor et ses environs

4. Excursion au Caire 5. Toute bonne chose à une fin
Auteur : Maggy Thiebaut
Mise en ligne le : mercredi 26 juillet
Dernière mise à jour le : mercredi 26 juillet
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