Le Moyen Empire

Publié le jeudi 22 septembre 2005 (mis à jour le lundi 04 février 2008) par Nico, Francois Daumas Recommander l'article à un(e) ami(e) Version imprimable Version PDF (2) Lire / Ecrire un commentaire :

Après la période de trouble de la première période intermédiaire, l'Egypte retrouve toute sa puissance.

Datation :

Le Moyen Empire s'étend approximativement de ~2022 J.C. à ~1786 av J.C.

Dynasties :

Le Moyen Empire comprend la fin de la XIème dynastie et la XIIème dynastie. Pour en savoir plus, voir l'article : Listes des pharaons

Capitale :

Durant toute cette période, la capitale se trouve à Thèbes puis sera déplacé à Itch-Taouy au sud de Memphis.

Périodes adjacentes :

La période précédent le Moyen Empire est appelée la première période intermédiaire et la période la succédant est appelée la deuxième période intermédiaire.

Histoire :

Le successeur du dernier Mentouhotep, Amménémès Ier, fonde une dynastie nouvelle, la XIIe, une des plus brillantes de l’Égypte. De nouveau le roi règne sur le Double-Pays tout entier. Il court sus aux Libyens, occupe la Nubie septentrionale, construit peut-être même une forteresse à Semna, et continue l’occupation des oasis de l’Ouest, inaugurée sous la XIe dynastie. À l’est du Delta, il ne semble pas avoir tenté de créer une marche asiatique et s’est contenté de défendre les nomes frontaliers par une seule ligne de fortifications contrôlant les points de passage, et appelée le «Mur du Régent». Mais la politique extérieure ne retint pas toute son attention. Comprenant que Thèbes, trop méridionale, ne permettait pas une surveillance facile du Sud et du Nord à la fois, il transporta sa capitale près de la ville actuelle de Licht, un peu en amont de Memphis. Dans le désert, on y voit encore les pyramides élevées pour lui et pour son fils Sésostris Ier. De là, il parcourut le pays en tous sens, maintenant à leur place dans les nomes les chefs qui étaient fidèles, à condition qu’ils observent strictement les ordres royaux. Aussi le pays connut-il une prospérité considérable, que chantent les prophéties, faites après l’événement, du prêtre Néferty.

Vue général d'Hermontis.

Vue général d'Hermontis.

Par précaution, Amménémès Ier associa à son trône son fils aîné, Sésostris Ier, pour éviter toute contestation sérieuse à sa mort. Les deux monarques régnèrent dix ans ensemble. Sésostris semble avoir prolongé au Soudan les expéditions de son père au-delà de la deuxième cataracte jusqu’à l’île d’Argo. En Libye et en proche Asie, il fit des campagnes d’intimidation, mais ne paraît pas avoir occupé le pays. Partout maintenant s’élèvent des monuments nouveaux à la gloire des dieux. Il n’est guère de site qui n’ait conservé quelque inscription du roi. Mais le temps s’est acharné sur son œuvre. Du grand temple d’Héliopolis qu’il avait entièrement restauré, s’il faut en croire le rouleau de cuir de Berlin, il ne reste plus dans la plaine aujourd’hui couverte de maisons qu’un obélisque mélancolique rappelant les fastes du glorieux souverain. Ses successeurs complétèrent cette œuvre. Sésostris III, grand conquérant, dirigea au moins quatre expéditions en Nubie. Il fixa Semna comme frontière pour les Nubiens, qui viendraient faire du commerce en Égypte. Pour protéger les marches du nord-est, les plus vulnérables, il guerroya en Palestine, certainement jusqu’à Sichem et sans doute plus au nord, puisque les Égyptiens connaissaient la géographie compliquée de la Syrie du Sud comme le montrent les textes dits «d’exécration». Ces documents, qui tentent d’attirer par des moyens magiques le malheur sur les ennemis de l’Égypte, contiennent entre autres les noms d’Ascalon, Jérusalem, Sichem, Byblos. Il s’agit sans doute là plutôt de campagnes d’intimidation que de tentatives pour annexer ou coloniser le pays.

Pyramide de Hawara.

Pyramide de Hawara.

Partout sont reprises les grandes caravanes vers les mines voisines de la vallée, abandonnées durant la période de faiblesse qui avait précédé. On exploite à nouveau les carrières d’améthyste et de diorite du Soudan, l’or du ouadi Fawalhir, les amphiboloschistes du ouadi Hammamat, l’albâtre d’Hatnoub, les turquoises et les cuivres du Sinaï. On réorganise les lointaines expéditions maritimes au pays d’Oponé (côte des Somalis) et au Liban ou en Syrie (Byblos, Ougarit).

Amménémès III et IV font creuser un lac dans la fertile oasis du Fayoum, pour y emmagasiner les eaux des inondations et en bénéficier plus longtemps en les libérant plus lentement. On retrouve encore leur cartouche dans l’élégant sanctuaire du temple de Medinet-Madi, dédié à Ermouthis, déesse des récoltes, et à Sobek.

La civilisation égyptienne, durant plus de deux siècles, connut un épanouissement merveilleux. Une organisation sociale et un droit renouvelés permettent à une société solide de s’établir. Des fonctionnaires investis directement par le roi sous l’autorité immédiate d’un vizir ont peu à peu remplacé les féodaux soumis depuis la dynastie précédente. Mais les rois de Thèbes, en venant s’installer plus au nord, ont subi l’ascendant de l’ancienne culture memphite. Ils l’ont assimilée plus encore que n’avaient fait les derniers Mentouhotep. L’architecture s’affine et se diversifie. Elle vise toujours à la grandeur, pour les dieux et les morts, mais à une échelle plus humaine que les massives constructions de l’Ancien Empire. On a tiré les leçons du passé, depuis l’Enseignement pour Mérikarê. Les œuvres les plus solides, on le sait maintenant, peuvent être détruites. La justice seule, la norme demeurent. La statuaire, peu à peu, tentera d’exprimer le pessimisme profond, issu de la révolution où sombra l’Ancien Empire. Les traits tirés et profondément burinés du roi Sésostris III sont plus l’expression d’une psychologie mûrie et désabusée que le masque imposé par la vieillesse: «Ne te confie point à un frère; ne connais aucun ami [...] car un homme n’a point de sujets au jour du malheur.» La littérature atteint une finesse et une variété inégalées jusque-là: des romans de style populaire, pleins de merveilleux et de formules figées, comme le Conte du roi Khéops et des magiciens; de fines analyses psychologiques, comme la nouvelle de Sinouhé; des hymnes à la gloire du pharaon; des manifestes sociaux en faveur du monarque qui apporte paix et prospérité à l’Égypte; de subtiles discussions mi-métaphysiques mi-morales sur la vie et la mort, tel le Dialogue de l’homme désabusé et de son Baï; et, enfin, des poèmes lyriques, tel le Chant du harpiste conseillant de cueillir les joies du jour qui passe et considérant avec scepticisme tout espoir de vie future. Si l’on ajoute que le Moyen Empire a livré des ouvrages médicaux déjà fort élaborés et spécialisés (gynécologie), des fragments d’un traité vétérinaire et des papyrus mathématiques, on aura de la richesse de cette grande époque une image assez précise. C’est un âge classique qu’a marqué le sens des limites, acquis au contact des épreuves. Une raison plus humanisée est venue tempérer le sens de la puissance lourde et absolue qui paraît avoir été une des caractéristiques de l’Ancien Empire.

Le texte de cet article provient du CD-ROM Encyclopædia Universalis (version 7 parue en 2001).

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