Compter en hiéroglyphes : déchiffrer les dates

Publié le jeudi 16 janvier 2014 par Benjamin Recommander l'article à un(e) ami(e) Version imprimable Version PDF (0) Lire / Ecrire un commentaire :

Durant vos voyages en Egypte ou tout simplement dans des musées, vous trouverez sur de nombreux monuments des signes faisant référence à des dates marquant les événements importants du règne d’un pharaon : stèles relatant des décrets royaux, papyrus administratifs, etc… Il convient donc de vous apprendre à compter en hiéroglyphes.

Voici les signes qui désignaient les différents nombres :

  • Z1
    : wa / wa. Un trait qui représente l’unité (1).
  • V20
    : mD / medje. Un carcan de bétail qui signifie 10.
  • V1
    : SnT / chenetj. Une corde enroulée pour le nombre 100.
  • M12
    : xA / kha. Un plant de lotus pour désigner le nombre 1000.
  • I8
    : Hfn / hefen. Un têtard qui se rapporte à 100 000.
  • C11
    : HH / heh. Le dieu Heh pour un million.

Pour une meilleure visualisation, prenons quelques exemples :

  • 1422 s’écrivait :
    M12V1
    V1
    V1
    V1
    V20
    V20
    Z1Z1
  • 1987 s’écrivait :
    M12V1
    V1
    V1
    V1
    V1
    V1
    V1
    V1
    V1V20
    V20
    V20
    V20
    V20
    V20
    V20
    V20
    Z1
    Z1
    Z1
    Z1
    Z1
    Z1
    Z1
  • 224 s’écrivait :
    V1
    V1
    V20
    V20
    Z1
    Z1
    Z1
    Z1

Pour noter une date, les égyptiens se basaient en principe par rapport à la prise de pouvoir d’un pharaon. Classiquement, ils utilisaient une expression de cette forme pour dater les décrets ou les grands événements d’un règne : « En l’an 23, le deuxième mois de la saison des moissons, le deuxième jour sous la majesté du roi de Haute et de Basse Egypte Ramsès II ».

Pour rappel, le calendrier égyptien s’organisait autour d’une année de 360 jours (12 mois de 30 jours) à laquelle on ajoutait en fin d’année 5 jours dits « épagonèmes » pour compléter l’année et être conforme aux observations astronomiques. La semaine était de 10 jours, trois semaines dans un mois, quatre mois pour une saison et trois saisons pour un an. Voici un article plus détaillé sur le calendrier égyptien.

Voilà donc maintenant comment les égyptiens notaient les jours, mois, années :

  • Jour :
    S29G43N5
    sw / sou
  • Mois :
    N11
    N14
    D46N5
    que l’on peut abréger par
    N11
    Abd / abed
  • Année :
    M4X1
    O50
    Hsbt ou rnpt-sp / hesebet ou renepet-sep

Les saisons se notaient comme ci-dessous :

  • La saison des moissons :
    N37N35
    N35
    N35
    N5
    Smw / chemou
  • La saison de l’inondation ou des crues :
    M8
    Aa1 X1
    N5
    Axt / akhet
  • La saison de la germination :
    O1
    D21
    X1
    N5
    prt / peret

Mettons maintenant tout ceci en pratique à travers quelques exemples.

Voici une stèle datant de la XIIème dynastie, du règne de Sésostris Ier, mettant en scène Hor, le chancelier du roi.

Stèle C2 du chancelier Hor, musée du Louvre, Paris

Stèle C2 du chancelier Hor, musée du Louvre, Paris

Concentrons sur le cintre de cette stèle :

Cintre d'Hor

Cintre d'Hor

Voici les hiéroglyphes présents sur le cintre :

M4X1
O50
Z1
Z1
Z1
Z1
Z1
Z1
Z1
Z1
Z1Aa1
D21
U36Z1
N35
M23
X1
L2
X1
N5L1D28
V30
N17
N17
S34I10
X1
N17

Translittération : rnp.t-sp 9 xr Hm n(y) n(y)-sw.t bity < xpr-kA-Ra > nb tA.wy anx(.w) D.t

Transcription : renepet-sep 9 kher hem ny-souet bity Kheperkarâ neb ta ouy ankh(ou) djet

Traduction : L'an 9, sous la Majesté du roi de Haute et Basse Egypte Kheperkarâ, maître des Deux-Terres, vivant pour l’éternité.

Il s’agit, comme mentionné plus haut, de la formulation employée le plus fréquemment. Vous remarquez l’expression de l’année et celle du chiffre 9.

Voyons maintenant un second exemple à travers une stèle de la XXVIème dynastie.

Stèle N406 d’Apis par le roi Ahmès II, musée du Louvre, Paris

Stèle N406 d’Apis par le roi Ahmès II, musée du Louvre, Paris

Deux parties de cette stèle vont nous intéresser pour illustrer cet article : la première ligne et les trois dernières. Commençons par la première ligne :

Première ligne de la stèle d'Apis

Première ligne de la stèle d'Apis

Voici les hiéroglyphes que nous observons :

M4X1
O50
V20 V20
Z2
T8AN37
N35A
N5
V20
Z2
Z1 Z1
Aa1
D21
U36G7
N35
M23
X1
L2
X1
N5W9F34
X8S34I10
X1
N17

Translittération : rnp.t-sp 23 tpy Smw sw 15 xr Hm Hr n nsw-biti xnm-jb-ra di(w) anx D.t

Transcription : renepet sep 23 tepy chemou sou 15 kherhem horou en nesou-biti Khenemibrâ di(ou) ankh djet

Traduction : En l’an 23, premier mois de la saison des moissons, 15ème jour, sous la majesté de l’Horus du roi de Haute de Basse Egypte Khenemibrâ, gratifié de vie, pour l’éternité

Et maintenant, les trois dernières lignes :

Trois dernières lignes de la stèle d'Apis

Trois dernières lignes de la stèle d'Apis

On observe : (ligne par ligne)

U36N35R8Q3
N35
D21
N1
G17M4X1
O50
V20 V20
Z2
N11
N35A
O1
D21
X1
N5
Z2
Z2
F31X1
I9
G17M4X1 O50
Z1 Z1 Z1 Z1 Z1

Translittération : Hm n nTr pn r pt m rnp.t-sp 23 Abd 3 Smw sw 6 ms.t (w)=f m rnp.t 5

Transcription : hem en netjer pen pet m renepet-sep 23 abed 3 chemou sou 6 meset(ou)=fem renepet 5

Traduction : Sa divine majesté monta au ciel en l’an 23, le 3ème mois de la saison des moissons, le 6ème jour. Il avait été mis au monde en l’an 5

T8AM8
X1 Aa1
Z1 Z1 Z1 Z1
Z2
S29Aa1
W24
D351h
I9
G17Q3
X1
V28O6G17N11
N35
N35
N37
N35AN5
V20
Z1 Z1 Z1 Z1
Z1 Z1 Z1 Z1
P6D36
N5

Translittération : tpy Ax.t 7 sxn kA=f m Hw.t PtH m Abd 2 Smw sw 18 aHaw

Transcription : tepy akhet 7 skhen ka=fem houet Ptah m abed 2 chemou sou 18 ahaou

Traduction : le premier mois de la saison des crues (ou de l'inondation), le 7ème jour. Son Kâ s'unit dans le palais de Ptah, le 2ème mois de la saison des moissons, le 18ème jour

F35N35R8Q3
N35
M4X1
V20
Z1 Z1 Z1 Z1
Z1 Z1 Z1 Z1
N64N5
Z2
Z2
D4
N35
I9
N11VF35G38R24
X8S34S40I10
X1
N17

Translittération : nfr n nTr pn rnpt 18 Abd 6 ir n=f 'iaH-ms sA N.t di(w) anx wAs D.t

Transcription : neferen netjer pen renepet 18 abed 6 irenef iah-mes sa Neith di(ou) ankh was djet

Traduction : ce beau dieu vécut 18 ans 6 mois, Iahmes, le fils de Neith, gratifié de vie et de pouvoir, pour l'éternité.

Taggé avec : hiéroglyphe, compter, mathématique