La titulature : les noms du pharaon

Publié le mardi 31 mars 2009 (mis à jour le mardi 31 mars 2009) par Benjamin Recommander l'article à un(e) ami(e) Version imprimable Version PDF (0) Lire / Ecrire un commentaire :

Le pharaon possédait un certain nombre de titres qui permettaient de légitimer son pouvoir et de se présenter comme l’égal des dieux. Ces « noms » pouvaient également être vus comme les garants de son immortalité de part le fait qu’ils subsisteraient bien après son départ dans l’autre monde. Ils étaient présents sur tous les textes officiels ainsi que sur les différents monuments à la gloire du souverain. Dès la fin de l’Ancien Empire, ces titres (ou noms) étaient au nombre de cinq et pouvaient se rassembler sous le terme général de « titulature ».

Le nom d’Horus

Dans l’Histoire de l’Egypte, il s’agissait du titre le plus ancien ! Dès les premières dynasties, les pharaons le portaient déjà. Par ce nom, le souverain se plaçait comme le successeur direct et l’incarnation du dieu Horus en tant que maître des Deux-Terres. Il était donc à la fois protégé des dieux et une manifestation divine à lui tout seul ! Ce titre était précédé du symbole

G5
Hr / hor, représentant le dieu Horus. On le retrouvait la plupart du temps sur la façade du palais royal à l’intérieur d’une sorte de cartouche stylisé appelé le « serekh » (du moins durant l’Ancien Empire). Il se présentait comme un rectangle, surmonté du dieu faucon Horus, entourant le nom du pharaon.

Un serekh

Un serekh

Voici maintenant quelques exemples :

Le nom d’Horus de Séthi (ou Sethy) II (XIXème dynastie)
E2
D40
C2U6M17M17
Serekh
Translittérationk3 nxt mry ra
Transcriptionka nakht mery râ
TraductionTaureau puissant, l’aimé de Râ

Le nom d’Horus de Toutânkhamon (XVIIIème dynastie)
E1
D40
X1G43X1A23F31S29Z7A17X1

Z2
Serekh
TranslittérationkA nxt twt ms.wt
TranscriptionKa nakht tout mesout
TraductionTaureau Puissant, Celui dont les naissances sont complètes

Le nom de Nebty (ou des Deux Maîtresses)

Ce titre avait pour but d’asseoir le pouvoir du pharaon sur l’Egypte toute entière. Le souverain était alors mis sous la protection des deux déesses tutélaires du royaume : Nekhbet, la déesse vautour, symbole de la Haute Egypte et Ouadjet, la déesse cobra, symbole de la Basse Egypte. Le pharaon se plaçait ainsi comme celui qui unifiait le Double-Pays et rassemblait son peuple. Ce titre était précédé du symbole

G16
nbty / nebty dans lequel on retrouvait les deux déesses précédemment citées.

Voici maintenant quelques exemples :

Le nom de Nebty de Siptah (XIXème dynastie)
S29O29
D36 G1
Y1O28W24
O49
TranslittérationsaA(w) iwnw
Transcriptionsâa Iounou
Traductioncelui qui agrandit Héliopolis

Le nom de Nebty de Sesostris Ier (XIIème dynastie)
S34F31X1G43
Translittérationanx ms.wt
Transcriptionankh mesout
TraductionVie des naissances

Le nom d’Horus d’or

La signification de ce titre n’est pas encore clairement établie. Il était déterminé par le hiéroglyphe

G8
Hr nbw / hor nebou représentant le faucon posé sur le signe égyptien de l’or. Certains supposent qu’il symbolise l’Horus volant sous le soleil sacré de l’Egypte ou encore la victoire d’Horus sur Seth.

Voici maintenant quelques exemples :

Le nom d’Horus d’or de Séthi (ou Sethy) II (XIXème dynastie)
O29

H4 Z2
G17N16
N16
N16
V30

Z2
Translittérationa3 nrw m t3.w nb.w
Transcriptionanerou metaou nebou
TraductionCelui dont l’effroi qu’il inspire est grand dans tous les pays

Le nom d’Horus d’or de Neferhotep Ier (XIIIème dynastie)
Y5

N35
U7
D21
G43X1
Translittérationmn mrw.t
Transcriptionmen merout
TraductionCelui dont l’amour est durable

Le nom de couronnement

Il s’agissait du nom que le pharaon prenait lors de sa montée sur le trône. Ce titre s’écrivait à l’intérieur d’un cartouche, représenté par une sorte de corde qui formait une boucle autour du nom du pharaon et qui se terminait par un nœud. Le nom de couronnement était précédé du signe

M23
X1
L2
X1
nsw-bit / nesout bity composé du jonc fleuri, symbole de la royauté et de la Haute-Egypte, accompagné par l’abeille, symbole de la Basse-Egypte. Littéralement, cette expression signifiait « Celui qui appartient au jonc et à l’abeille ». Compte tenu des éléments précédents, la traduction la plus admise serait plutôt : « Roi de Haute et de Basse-Egypte ». Ce titre pouvait donc mettre en avant le rôle unificateur du pharaon sur les deux pays, mais aussi son pouvoir sur la totalité du territoire : le désert, la terre cultivée, le divin et les humains.

Voici maintenant quelques exemples :

Le nom de couronnement de Taousert (XIXème dynastie)
N5X1 G39 W10
X1
N16
U7
M17M6O49
O49
TranslittérationsA.t ra Hnw.t tA mry
Transcriptionsat râ henout ta mery
TraductionLa fille de Râ, la Dame du Pays aimé

Le nom de couronnement de Toutânkhamon
N5L1Z2
V30
Translittérationnb xpr.w ra
TranscriptionNebkheperourâ
TraductionRâ est le seigneur des devenirs

Chevalière avec le nom de Toutankahmon

Chevalière avec le nom de couronnement de Toutânkhamon, Musée du Louvre, Paris

Le nom de naissance

Il s’agissait du cinquième et dernier nom du souverain, attribué dès sa naissance. Ce titre le présentait comme un fils de Râ de par la présence, juste avant, de l’épithète

G39N5
sA ra / sa râ. Ce nom s’écrivait dans un cartouche et permettait donc de renforcer encore une fois l’attache divine du pharaon. C’est ce titre que l’on retient en général pour nommer un souverain.

Voici maintenant quelques exemples

Le nom de naissance d’Akhenaton (XVIIIème dynastie)
M17X1
N35
N5
G25Aa1
N35
TranslittérationAx n itn
Transcriptionakhenaton
TraductionCelui qui est utile à Aton

Le nom de naissance d’Hatchepsout (XVIIIème dynastie)
X1
F4
A51X1
Z2
TranslittérationHA.t Sps.wt
Transcriptionhatchepsout
TraductionLa première des dames nobles

Cartouche de Mérenptah

Cartouche de Mérenptah (XIXème dynastie), Musée du Louvre, Paris

NB : on remarque que le nom de naissance de Mérenptah est bien précédé de l’épithète « Fils de Râ » (Sa-Râ) comme expliqué précédemment. C’est la raison pour laquelle certains appellent ce titre « le nom de Sa-Râ ».

Pour conclure, il convient d’ajouter qu’autour du cartouche contenant le nom du roi (le plus souvent le nom de naissance), on trouvait également différentes expressions récurrentes qui pouvaient être interprétées comme d’autres « titres » ou comme des « compléments » visant à magnifier à outrance le pharaon. En voici quelques exemples, la liste n’étant pas du tout exhaustive :

S34G5
anx Hr / ankh hor : L’Horus vivant (ce titre était porté par tous les pharaons et symbolisent la victoire d’Horus sur Seth)

V30N16
N16
nb tAwy / neb ta-ouy : Maître des Deux-Terres

R8O29VD36
Y1
nTra / netjer-aha : Le grand dieu

X8S34
di anx / di ankh : Gratifié de vie

Et ainsi de suite… La liste pourrait prendre des pages et des pages tellement il existe de variantes dans les inscriptions à la gloire d’un souverain. Il convient de rappeler également que toutes les expressions vues précédemment, que l’on nommait des épithètes, pouvaient se retrouver aussi bien autour du cartouche qu’à l’intérieur.

Symboles à la fois de puissance et d’immortalité, les noms du pharaon permettaient d’asseoir son pouvoir et d’inspirer une plus grande dévotion à ses sujets. Ainsi, le souverain régnait sans partage sur l’Egypte, revendiquant sa nature divine. Tous ses titres constituaient donc la base de sa légitimité à gouverner le pays.

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