Jour 5 : Mercredi 24 avril 2002

Un article du site www.egyptos.net

Réveil 7h00. Nous partîmes en car vers le haut-barrage d’Assouan construit en 1960. Du haut de l’ouvrage, on a une belle vue sur le Lac Nasser, lac artificiel résultant de la construction du barrage – le deuxième au monde pour sa retenue de cent cinquante-sept milliards de mètres-cube d’eau, après celui du Zambèze – mais on ne risque pas d’attraper le vertige car la pente est douce et non abrupte. Puis nous allâmes au temple d’Isis, sœur-épouse d’Osiris et mère d’Horus, à Philae. Lors de la construction d’un premier barrage en 1902, le temple était onze mois de l’année recouvert en grande partie par les eaux. A la fin de la construction du second, il aurait dû être définitivement englouti. Mais des travaux commencèrent en 1972 pour le sauver : il fut démonté puis reconstruit, trois cents mètres au nord, sur l’île voisine d’Agilkia, celle que l’on visite aujourd’hui.

Quand nous descendîmes du car en direction de l’embarcadère, plusieurs marchands vinrent essayer de nous vendre des petits bracelets avec le baratin habituel – c’est pas cher, toi ami français, etc.… Ma grand-mère savait de ses précédents voyages qu’ils aimaient qu’on leur donne des petites savonnettes et des parfums – vous savez, les savonnettes que l’on trouve dans les hôtels, et les petits échantillons de parfums qu’on reçoit et que l’on jette aussi vite. Un marchand nous donna trois bracelets en échange de quelques savons, puis, voyant qu’il y en avait d’autres, arracha le sachet de savons et mit une grosse poignée de bracelets dans le sac de ma grand-mère avant de partir ! Nous n’avions plus de savonnettes mais nous avions douze bracelets avec un scarabée bleu dont quatre qui n’avaient pas de fermoir. Je les mis dans une poche et partis pour la visite.

C’est un temple très beau. Nous arrivâmes d’abord sur une cour à ciel ouvert bordée de deux colonnades. Le pylône qui précédait était tombé dans le Nil. Là, Maha nous fit remarquer plusieurs irrégularités dans la construction du temple : premièrement, la chose la plus frappante est la seconde porte qui se trouve sur le pylône. Elle nous expliqua que c’est la porte qui donne sur le mammisi, « le lieu de naissance », lieu où dans la mythologie, Isis aurait mis au monde Horus. La deuxième était l’axe : le temple était complètement décalé. Cela s’explique tout simplement par le fait que le relief de l’île ne permettait pas de faire le temple dans un axe rectiligne. Le soir-même, nous allions revenir pour le « son et lumière ». J’étais pressé d’y être.

Ce temple avait été commencé par Nectanebo II et terminé par les Ptolémées. Il y avait aussi le sublime kiosque de Trajan, l’empereur romain. Il faisait une chaleur écrasante (45°C) mais c’était tellement agréable de visiter ce temple que cela n’indisposait personne, enfin je présume.

Quand la visite fut terminée, Maha nous dit que nous allions faire un arrêt à la bijouterie d’Assouan. Dans le car, je regardai les bracelets : qu’allai-je bien pouvoir en faire ? Il me vint une idée. Je pourrais les vendre comme les marchands d’ici. Je pris une grosse poignée et me dirigeai vers quelques personnes dans le car :

- Regarde ! Jolis bracelets porte-bonheur. C’est pas cher, one euro – mélange d’anglais et de français, euro toujours à prononcer « iouro ». Toi ami, Français !
- Non. Merci.
- Si, si. Regarde, ils sont jolis. Scarabées. C’est le bonheur et la protection, cela éloigne les mauvais esprits.
- Non !
- D’accord. 50 centimes.
- Non.
- Allez ! S’il vous plait – je sortis un tas d’arguments comme les vendeurs, un peu n’importe quoi, mais cela était drôle. 75 centimes pour les 2.

Les gens se mirent à rire mais refusèrent tout de même mes bracelets.

- Prenez, dis-je en leur mettant dans la main, c’est beau et pas cher.
- Non.

J’abandonnai ce groupe mais pas l’idée de vendre les bracelets. Je demandai à toutes les personnes mais aucune n’en voulait. J’inventai toutes sortes d’arguments pour les décider mais rien n’y fit. Même ma grand-mère refusa…

- S’il vous plait, 50 centimes le bracelet, pas cher. C’est pour nourrir ma femme et mes 4 enfants. Prenez, scarabées éloignent les mauvais esprits !
- Non.

J’espérai trouver sur le bateau quelqu’un qui serait d’accord pour en acheter. Mais avant cela, nous devions passer par la bijouterie d’Assouan – une des plus renommées. Il y avait de nombreux bijoux et nous profitions d’une réduction comme nous faisions partie d’un groupe. J’achetai un cadeau pour l’anniversaire de ma mère : une croix ansée en or, « ankh », symbole de la vie.

Puis nous revînmes sur le bateau. Un des membres du personnel s’intéressa à mes bracelets mais finalement, il n’acheta rien. J’allai me baigner car j’avais 30 mn de libre avant le déjeuner et qu’il fallait que je me rafraîchisse...

Quand nous arrivâmes au restaurant, je recommençai à vanter la beauté de mes bracelets : j’essayai d’en vendre un à une dame qui était assise à côté de nous à table. Elle refusa net et rajouta que je devrais avoir plus de respect pour les marins qui me regardaient soi-disant d’un drôle d’air car je me moquais d’eux… ! Je me justifiai en disant que tout le monde trouvait drôle ce que je faisais, y compris le personnel de bord. Elle laissa tomber et s’assit à table. Une femme accepta de m’en prendre un pour 50 centimes : les affaires commençaient. Quand je montai au salon après le repas, une dame m’appela en me demandant si c’était bien moi qui vendait des bracelets. Elle en voulait absolument pour les offrir à ces filles mais ne voulait pas mettre le prix. Je dus lui en vendre trois pour 50 centimes. Aïe ! Je m’étais fait avoir. Mais il m’en restait encore huit. Même Jérémie m’en acheta un pour 1 euro, mon meilleur client. Une autre dame accepta d’en acheter un mais elle n’avait pas de monnaie. Cela serait pour plus tard.

En fin d’après-midi, nous partîmes faire une balade en felouque autour de l’île d’Eléphantine, appelée ainsi car ses rochers, d’un granit noir, font penser à des pachydermes se baignant dans le fleuve. D’autres émettent l’hypothèse que cette île, proche de la Nubie, abritait il y a longtemps des éléphants. C’était une promenade fort agréable malgré la forte chaleur (45°C au moins). Nous passâmes devant l’île Kitchener sur laquelle se trouve un magnifique jardin botanique. De jeunes garçons arrivèrent dans des petites barques, ils ramaient avec des palettes en bois. Ils se mirent à chanter :

- « Aliwette, gentil aliwette. Aliwette, yé ti plumerai… Yé ti plumerai…» – comprenez « Alouette… »

C’était assez amusant. Ils repartirent avec quelques billets en poche. Nous fîmes le tour de l’île. Nous vîmes l’Old Cataract Hôtel, célèbre palace où descendent presque tous les chefs d’état en visite à Assouan. C’est aussi dans ce palace que se passe une des scènes du fameux roman d’Agatha Christie, Mort sur le Nil. Puis nous rentrâmes et j’allai me baigner. Je fis aussi plusieurs photos du Nil. On pouvait ensuite partir visiter les souks d’Assouan, très réputés, mais je dînai vite car je devais partir pour le « son et lumière. »

Le spectacle se passa en deux parties : la première se déroula dans le temple même où nous marchions tout en écoutant la musique et les paroles, et en regardant les jeux de lumière sur les bas-reliefs. C’était magique : le fait de se balader dans ce magnifique temple dans la douceur de la nuit était fabuleux. La seconde partie se déroula en face du kiosque de Trajan, sur le côté du temple. Nous étions assis sur des gradins et nous regardions et écoutions toujours. Le thème du spectacle était le mythe d’Osiris.

Il raconte l’histoire du premier pharaon, Osiris, petit-fils de Ré et de sa sœur-épouse, Isis. C’était un roi juste et bon. Il enseigna l’agriculture et l’écriture aux hommes. Mais son frère Seth était jaloux. Il décida de le supprimer. Pour cela, il fit fabriquer un très beau cercueil en or aux dimensions de son frère. Puis il organisa un énorme banquet et convia quarante-neuf complices. A la fin du repas, il fit amener le cadeau. Il déclara que celui dont les formes le rempliraient parfaitement recevrait le sarcophage. Tout le monde passa mais aucun n’avait la stature d’Osiris. Vint alors le tour de celui-ci. A peine eut-il le temps de s’allonger que les convives se jetèrent sur lui et clouèrent le cercueil. Seth le jeta ensuite dans le Nil. Isis, ayant appris la forfaiture de son frère, partit à la recherche du corps de son tendre époux. C’est « La Quête d’Isis. » Elle y parvint et le cacha dans un fourré de papyrus. Mais Seth vit le corps lors d’une chasse dans les marais et le découpa en quatorze morceaux qu’il jeta dans le fleuve. La déesse rechercha donc les morceaux du cadavre d’Osiris. Ensuite, avec l’aide du dieu Anubis, à tête de chacal, elle le momifia et le ressuscita. Osiris fut la première momie ! Elle mit ensuite au monde Horus, le successeur de son père. Horus se battit contre son oncle et les dieux décidèrent que le désert reviendrait à Seth et que les deux royaumes d’Egypte seraient confiés à Horus. Osiris devint le souverain du monde souterrain.

Ce sont ces scènes qui sont présentes à Edfou. Le spectacle dura une heure, trente minutes pour chaque partie. Beaucoup de personnes furent déçues du spectacle en raison de sa simplicité. En effet, c’étaient juste des lumières de couleurs qui éclairaient le temple ; il n’y avait pas de feux d’artifices ou de choses comme ça. Mais personnellement, je trouvai que de pouvoir assister à une telle représentation dans ce lieu unique, en pleine nuit, était si agréable que cela compensait largement sa banalité. L’intérêt de la sortie était le lieu et l’ambiance, et non les effets réalisés.

Puis nous rentrâmes et j’allai me coucher car le lendemain je partais pour le temple d’Abou Simbel, une des meilleures visites de la croisière mais il fallait se lever à 3h00 car nous y allions en car.

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Auteur : Benjamin Wiacek
Mise en ligne le : mardi 06 décembre
Dernière mise à jour le : mardi 06 décembre
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