Les attributs royaux

Publié le mercredi 23 mai 2007 (mis à jour le samedi 27 octobre 2007) par Benjamin Recommander l'article à un(e) ami(e) Version imprimable Version PDF (20) Lire / Ecrire un commentaire :

En Egypte ancienne, le pouvoir du pharaon reposait sur un certain nombre de symboles. Ils étaient les témoins de sa force, de sa divinité et de son autorité sur les terres d’Egypte. Le futur souverain les recevait au moment du rite d’intronisation et les emportait avec lui jusque dans son sarcophage. En effet, au-delà de la dimension symbolique du pouvoir, les attributs royaux avaient, pour les égyptiens, des vertus magiques qui devaient aider le pharaon à réaliser son passage vers l’au-delà.

Tout d’abord, le costume du souverain présentait de nombreux symboles :

  • La barbe postiche : certainement le plus célèbre d’entre eux. Elle se fixait sur le menton et était attachée derrière les oreilles du roi (le plus souvent lors d’une cérémonie). Elle devait rappeler son lien avec Osiris. Symbole fort de la royauté, même des femmes comme Hatshepsout se faisait représenter avec. Portée également par les dieux, sa forme différait légèrement pour les pharaons. En effet, dans le cas des dieux, elle présentait une courbure tandis que pour les rois, elle était droite.

  • Le némès : il s’agissait d’une coiffure très particulière que portait le monarque. Ce fut une grande constante durant toute l’Antiquité Egyptienne. Tous les pharaons se sont fait représentés au moins une fois avec cette coiffure. Elle se composait de rayures, représentant les rayons du soleil, elle englobait toute la partie supérieure du crâne ainsi que le front et se terminait par une sorte de tresse au niveau de la nuque.

  • La queue de taureau : emblème de la puissance du pharaon. L’animal étant souvent évoqué dans les noms du roi, la présence de ce symbole rappelait la force de ce dernier et son côté chasseur dans les cas des premiers pharaons égyptiens. La queue de taureau était attachée sur le pagne, au niveau de la ceinture.

Le pharaon de la période prédynastique Narmer, Royal Ontario Museum, Toronto

Sur cette image, le souverain est en position de force, se préparant probablement à frapper un de ses ennemis. On remarque qu’il porte à la ceinture la queue de taureau, ce qui accentue l’impression de puissance dégagée par la gravure. On retrouve également la barbe postiche, fixée sur son menton.

Statue de Touthmôsis III, Musée de Louxor, Egypte

Ici, le pharaon porte le némès (la coiffe du pharaon) ainsi que la barbe postiche. De nombreuses statues de différents souverains reprennent ce schéma. Ils représentaient donc des symboles très courant de la royauté égyptienne.

Outre les éléments du costume, le roi pouvait arborer différentes couronnes et diadèmes :

  • La couronne blanche ou hedjet (« la blanche » en égyptien) : elle était le symbole royal de la Haute Egypte. Dans la mythologie, elle était portée par la déesse vautour Nekhbet, divinité du Sud. Il s’agissait d’une grande coiffure à base renflée et à sommet entravé.

  • La couronne rouge ou desheret (« la rouge » en égyptien) : elle était le symbole royal de la Basse Egypte. Dans la mythologie, la déesse cobra Ouadjet, divinité du Nord, la portait. Par rapport à l’hedjet, son sommet était encore plus rétréci et une tige spiralée, que l’on nommait « le khabet », se détachait de l’avant de la couronne.

  • La double couronne ou pschent ; en égyptien : skhemty, qui signifie « les Deux puissantes » : sa symbolique était très forte ! En effet, elle représentait l’union des deux terres d’Egypte, le Sud et le Nord. Ainsi, en la portant, le pharaon se plaçait comme celui qui rassemblait son peuple, maître de la Haute et de la Basse Egypte. Elle se composait des deux couronnes vues précédemment, l’hedjet et le desheret, pour n’en former qu’une seule, surpuissante, le pschent.

Pour mieux comprendre ; image originale : Wikipédia

  • La couronne bleue ou khepresh : il s’agissait d’une couronne associée aux victoires militaires du pharaon. Elle renvoyait donc à la guerre et était portée en symbole de triomphe. Un fait important la distinguait des autres couronnes, elle n’était jamais portée par les dieux, seuls les pharaons étaient représentés avec.

  • L’uræus : symbole de la force royale, il se représentait par un cobra dressé, représentant la déesse Ouadjet. Il devait protéger le souverain de ses ennemis en les consumant d’un seul regard. Il symbolisait également l’œil du dieu soleil Râ. On le trouvait souvent sous forme d’un diadème qui ceignait le front du pharaon ou alors, directement incrusté à la couronne de ce dernier.

  • L’atef : cette couronne n’était absolument pas un symbole de la royauté, le pharaon ne la portait jamais. Cependant, pour être complet, il est important de la citer car elle coiffait Osiris et vous pourrez la retrouver dans un grand nombre de représentations. Elle se composait d’une mitre centrale, décorée de rayures verticales de couleur, et flanquée latéralement par des plumes d’autruche. De couleur blanche, un disque solaire se trouvait souvent à son sommet.

Ajoutés à sa panoplie, le pharaon disposait de plusieurs sceptres et autres éléments symboliques, toujours chargés en connotations à la fois divines et royales :

  • La crosse ou heka : symbole d’Osiris, ce sceptre avait la forme d’un crochet et témoignait de la nature divine du pharaon. Il rappelait la houlette du berger.

  • Le flagellum ou nekhekh : autre symbole d’Osiris, il avait la forme d’un fouet ou d’un chasse-mouche et représentait la domination du souverain sur son peuple ; donc, par extension, la royauté. Souvent, le souverain croisait le sceptre heka et le flagellum pour montrer le lien très étroit entre le « royal » et le « divin ».

Sarcophage de Toutankhamon, le souverain croise le sceptre heka et le flagellum, Musée du Caire, Egypte

  • Le sceptre « ouas » : le concept d’un « sceptre » comme attribut royal prend son origine en Egypte ancienne. Par la suite, il fit parti de la panoplie de tous les souverains des différentes époques. L’ouas, sceptre égyptien, est une sorte de bâton comportant des extrémités particulières. En bas, il est terminé par une sorte de fourche : on pense qu’il s’agissait, à l’origine, d’une arme pour tuer les serpents. L’extrémité supérieure, quant à elle, est formée probablement de la tête de l’animal séthien. Au début, ce sceptre était l’emblème du nome de Thèbes qui portait le nom de « Ouaset » ou « la ville du sceptre ». Il devint par la suite, symbole du roi, Thèbes étant restée, pendant longtemps, la capitale administrative du royaume.

  • La massue ou kherp : il s’agissait probablement d’une massue avec un manche en bois et une tête cylindrique en pierre, arme courante des soldats de pharaon à l’origine. Par la suite, elle est plutôt devenue une sorte de sceptre que le souverain brandissait en signe de puissance. Dès lors, sa forme évolua vers une tête plutôt piriforme, se transformant en arme d’apparat. Les représentations avec cette dernière étaient courantes et visaient à entretenir la force et la crainte qu’inspirait le nom de pharaon. Souvent, on le retrouvait, prêt à frapper, avec des ennemis à sa merci (comme dans la stèle de Narmer, plus haut dans cet article).

  • La croix de vie ou croix ansée ou ankh : son symbole hiéroglyphique signifie « vivre » ou « la vie ». Elle était directement associée aux dieux et à l’éternité. Mais elle avait encore beaucoup d’autres significations qui se sont rajoutées au fil des siècles. Le pharaon la portait souvent dans sa main en signe de son appartenance divine et pour rappeler que les dieux, après sa mort, l’attendait pour une vie éternelle.

Les symboles royaux sont donc très nombreux, montrant tous les aspects de la souveraineté pharaonique : la pouvoir, la force et la divinité. Dans de nombreux temples ou tombeaux, des fresques illustrent ces aspects en révélant par exemple, le roi recevant ses attributs de la main des dieux.

Sethi Ier recevant les attributs royaux de la main d’Anubis

Sur cette œuvre, riche en symboles, Sethi Ier est accompagné d’Anubis. Le pharaon, coiffé du pschent, porte également l’uræus sous forme d’un diadème. La barbe postiche est accrochée à son menton. Dans sa main gauche, la massue kherp et la croix de vie sont présentes. Sa main droite se prépare à recevoir la crosse heka, le flagellum et le sceptre ouas de la part d’Anubis. La fourche de ce dernier sceptre à l’extrémité inférieure est particulièrement bien visible ici. Ainsi, nous n’avons pas moins de huit symboles uniquement sur cette fresque royale.

La symbolique était largement utilisée en Egypte ancienne et représentait une immense part dans le pouvoir du pharaon. En quelque sorte, ses attributs étaient les garants de son autorité signifiant ce pourquoi il était destiné. Il restait le seul à pouvoir les arborer. Le port de ses symboles justifiait en quelque sorte sa naissance divine. C’est certainement la raison pour laquelle, on retrouve souvent dans les temples l’inscription « justifié par le grand dieu Osiris » ; beaucoup de symboles osiriens étant retrouvés chez le pharaon.

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