Le pharaon

Publié le samedi 26 mai 2007 (mis à jour le dimanche 27 mai 2007) par Benjamin Recommander l'article à un(e) ami(e) Version imprimable Version PDF (15) Lire / Ecrire un commentaire :

Bien plus qu’un simple souverain ou qu’un simple chef d’état, le pharaon était tout-puissant. Il était vu comme le chef spirituel, le guide respecté et vénéré de tout un peuple. Dans la mythologie égyptienne, Osiris gouvernait les hommes avant que son frère jaloux, Seth, ne l’assassine. Mais Horus, fils d’Isis et d’Osiris, réussit à vaincre son oncle et à le punir de son geste. A partir de cet instant, ce fut lui qui monta sur le trône et devînt ainsi le premier pharaon de l’histoire, digne héritier de son père. Il s’agit d’une base commune à toute la mythologie égyptienne : les dieux ont régné sur Terre avant les hommes. C’est pourquoi, dorénavant, tous les pharaons qui suivront seront considérés comme les successeurs d’Horus. On appelait ainsi le roi « L’Horus vivant ».

Il était aussi un être d’essence divine. Fils de Râ, le dieu soleil, il avait la charge d’être l’unique interlocuteur des dieux sur Terre. En effet, selon la légende, le dieu Râ ne formait qu’une seule et même personne avec le pharaon pour s’unir charnellement avec la reine et ainsi concevoir un héritier de rang divin.

Le souverain avait pour mission de veiller sur ses sujets et d’assurer la prospérité de son pays. Il était le garant de l’équilibre entre le ciel et la Terre selon la philosophie de Maât, déesse de la justice. Le nom de Maât signifiant « la vérité », le souverain voyait ainsi son pouvoir incontesté et incontestable.

Le mot « pharaon » était d’une écriture assez simple mais d’une signification forte. Le terme n’est d’ailleurs apparu véritablement qu’au Nouvel Empire, lors de l’unification des deux Egypte. Avant cette période, il y avait en réalité deux souverains ou rois qui régnaient respectivement sur la terre du Sud et sur celle du Nord. C’est la raison pour laquelle, on ne les considérait pas en tant que tel comme des « pharaons », ce dernier se plaçant plutôt comme un unificateur.

En fait, le mot s’écrivait de la sorte :

O1
O29

Transcription : « per-aa »

Sa première signification était « palais » mais peu à peu, au fur et à mesure du temps, il finit par désigner celui qui l’occupait : le pharaon. Sachant que le palais était considéré comme une demeure divine et comme le centre administratif de tout le pays, le mot « pharaon » prend alors tout son sens : tous les pouvoirs étaient concentrés sur lui, l’égal des dieux.

Son nom était prononcé avec crainte et il inspirait le respect de tous ses sujets. Le pharaon possédait un certain nombre de « titres » que l’on regroupe sous le terme de « titulature ». Ils étaient destinés à renforcer son pouvoir en mettant en avant des qualités surnaturelles (donc divines). A partir de la fin de l’Ancien Empire, lors de l’unification de la Haute et de la Basse Egypte, la titulature du roi comportait cinq noms :

  • Le nom d’Horus : le premier titre du pharaon, il est écrit avec le déterminatif du dieu : le faucon

    G5
    . Par exemple, le nom d’Horus de Toutankhamon est « Taureau puissant, celui qui est beau de naissance » (transcription : « Ka-nakht-tout-mesout »). Ce nom était souvent inscrit sur la façade du palais royal, comme une sorte de mise en garde.


  • Le nom de Nebty, que l’on dit aussi « des deux maîtresses ». En effet, le hiéroglyphe déterminatif est un signe double :

    G16
    . Il est composé de Nekhbet, la déesse vautour, symbole de la Haute Egypte et de Ouadjet, la déesse cobra, symbole de la Basse Egypte. Par ce titre, le pharaon se plaçait comme celui qui unifiait les deux terres d’Egypte. Toujours dans l’exemple de Toutankhamon, le nom de Nebty donne : « Celui dont les lois sont parfaites, qui pacifie les Deux Terres et satisfait tous les dieux » (transcription : « Néfer-hépou-segereh-taouy sehetep-netcherou nebou »).


  • Le nom d’Horus d’or : il s’écrit avec le hiéroglyphe du faucon posé sur le symbole égyptien de l’or :

    G8
    . Certains pensent que cela faisait référence à l’Horus, volant sous le soleil sacré de l’Egypte. Le nom d’Horus d’or de Toutankhamon est : « Celui qui porte les couronnes, qui réjouit les dieux » (transcription : « Outjes-khaou sehetep-netcherou »).


  • Le nom de couronnement : Il s’agit du nom que prenait le roi lors de son arrivée sur le trône. Ce titre s’écrit à l’intérieur d’un cartouche, représenté par une sorte de corde qui forme une boucle autour du nom du pharaon et qui se termine par un nœud. Ce titre est précédé du signe

    M23
    X1
    L2
    X1
    : il est composé du jonc fleuri, symbole de la royauté, et de l’abeille, symbole de l’union de la Haute et de la Basse Egypte. Ainsi, on traduit l’ensemble par « Roi de la Haute et de la Basse Egypte ». Encore à titre d’exemple, le nom de couronnement de Toutankhamon est « L’origine des transformations de Rê » (transcription : « Nebkheperourê »).


  • Le nom de naissance du roi, aussi appelé « nomen ». C’est en général celui que l’on retient pour un pharaon et surtout c’est lui qui est le plus écrit sur les constructions. Si nous reprenons le même exemple de souverain que précédemment, son nom de naissance est Toutankhamon (Toutankhaton au début). Il s’écrit aussi dans un cartouche et peut être précédé par différentes épithètes comme « Fils de Râ » ou « Roi de Haute et de Basse Egypte ». La première épithète pouvant parfois être intégrée directement au cartouche.


Autour du cartouche contenant le nom du roi (le plus souvent le nom de naissance), on pouvait trouver, en plus des épithètes, des compléments comme « seigneur des deux terres » ou encore « justifié par le grand dieu Osiris » etc… Il en existe beaucoup, visant à magnifier le pharaon.

Les noms du pharaon étaient extrêmement importants, symboles à la fois de puissance et d’immortalité. Etant donné que les égyptiens essayaient d’arranger les textes de la façon la plus harmonieuse possible, la disposition des épithètes autour du cartouche n’était pas vraiment constante. Pour vous donner un exemple, prenons cette stèle :

Stèle d’un pharaon de la XIème dynastie : Montouhotep, Musée du Louvre, France

Pour lire une inscription égyptienne, il faut d’abord commencer par trouver le sens de lecture. Pour cela, il convient de repérer dans quelle direction regardent les êtres vivants (aussi bien les humains que les animaux). Ensuite, la règle est simple : leur regard est toujours orienté vers le début de l’inscription. Ainsi, sur la première ligne de cette stèle, on lit de droite à gauche. Hélas, comme elle est assez endommagée, nous vous avons reproduit la ligne qui nous intéresse (mais le sens de lecture a été adapté aux langues occidentales modernes, de gauche à droite) :

S34G5F36
N16
N16
G16F36
N16
N16
M23
X1
L2
X1
<
G39N5Y5
N35
V13
G43R4
X1 Q3
>S34I10
X1
N17

Ici, vous trouvez un grand nombre de symboles décrit précédemment. Avant le cartouche contenant le nom du roi Montouhotep, on peut lire des épithètes classiques :

S34G5
L’Horus vivant

G16
les « Deux maîtresses ».

M23
X1
L2
X1
Roi de la Haute et de la Basse Egypte.

G39N5
Fils de Râ.

Puis, après le cartouche, un ajout renforçant l’aspect divin :

S34I10
X1
N17
Vivant pour l’éternité.

Ainsi, le tout se traduit approximativement par : « L’Horus Vivant, celui des Deux Maîtresses, le Roi de Haute et de Basse Egypte, le fils de Râ, Mountouhotep, vivant pour l éternité. »

Maître de tout, dieu vivant, protecteur du peuple, du pays, véritable guide, telles étaient les tâches de pharaon. Il va sans dire que pour mener à bien sa mission, le souverain devait disposer « d’une force magique » considérable. Même sa naissance divine ne suffisait pas à lui procurer un tel pouvoir. C’est la raison pour laquelle il devait se plier à certains rites, censés lui apporter toute la puissance nécessaire pour l’accomplissement de son destin. Outre le rite d’intronisation du pharaon, on pratiquait une cérémonie bien particulière : la fête Sed. Elle se déroulait lors de la trentième année de règne du souverain et lui redonnait la force de sa jeunesse qu’il avait pu perdre au cours des années. Le rite reprenait en partie celui qui était réalisé lors de l’intronisation du nouveau souverain. Il s’agissait donc en quelque sorte d’une « régénération » du pharaon. La fête Sed se disait « Heb Sed » et s’écrivait de la sorte :

S29D46

Aa11
W4

Le signe de droite se lit « Heb » et signifie « fête » alors que le reste de l’inscription est l’écriture pour « Sed ».

Parfois, il arrivait que le pharaon ait besoin de régénérer sa force vitale avant la période de trente ans classique. C’est pourquoi il n’était pas rare de voir une fête Sed pratiquée à des intervalles beaucoup plus courts. Au-delà de la dimension magique de ce rite, il était surtout destiné à renouveler la confiance du peuple en pharaon qui se faisait vieillissant. Ses pouvoirs étant « remis à neuf » par les dieux, les égyptiens l’adulait de nouveau à la hauteur d’un fils de Râ.

Le souverain était aussi le garant de la sécurité du territoire égyptien. Son essence divine et bienfaitrice lui intimait le devoir de protéger ses sujets d’envahisseurs potentiels, allant contre la volonté divine. C’est pourquoi pharaon était également un chef militaire. Brillant stratège, il menait ses troupes à la victoire, guidé par les dieux. Les grandes batailles rendirent certains pharaons très célèbres (Ramsès II, Thoutmôsis III…) et permirent d’étendre les terres d’Egypte bien au-delà des déserts l’entourant naturellement. D’autre part, les exploits guerriers d’un souverain étaient largement transcrits sur les façades des temples afin que l’on n’oublie jamais son aspect « conquérant ». Il magnifiait d’ailleurs souvent volontairement ses exploits afin d’entretenir sa nature divine.

Outre le côté militaire, pour que son nom ne soit jamais oublié, le pharaon pouvait s’improviser « grand bâtisseur ». Par exemple, il avait reçu des dieux la mission de construire des temples en leur honneur. C’est ainsi que des sanctuaires magnifiques ont vu le jour comme celui dédié à la déesse Isis sur l’île de Philae. Ce temple fut construit pendant la période ptolémaïque et permit au culte de cette divinité de perdurer encore pendant des siècles. En effet, ce n’est qu’en 550 après Jésus-Christ que ce temple, regroupant les derniers fidèles d’Isis, fut fermé sur ordre de l’empereur byzantin Justinien Ier, adepte du christianisme.

Le temple d’Isis sur l’île de Philae, près d’Assouan, Egypte

Mais, pour se distinguer des autres rois, le souverain décidait souvent de se faire construire de majestueux tombeaux. Il partait du principe que ce qui allait être sa demeure pour l’éternité, devait refléter sa grandeur. C’est ainsi que des monuments immenses apparurent comme, par exemple, la Grande pyramide de Gizeh, tombeau du souverain Kheops. C’est aussi grâce à cette volonté de construire toujours plus haut et toujours plus grand que nous devons son sens actuel à l’expression « une entreprise pharaonique » qui met en avant l’aspect irréalisable d’une action.

Vous l’aurez compris, pharaon était au centre de tout ! Il était à l’origine de chaque décision et devait intervenir dans tous les domaines de la vie quotidienne du pays. Dans le cadre du culte, il était théoriquement le seul à pouvoir pratiquer une cérémonie en l’honneur des dieux. Mais comme le souverain ne pouvait pas être partout et en même temps, il lui a fallu déléguer ses pouvoirs. C’est pourquoi il existait de nombreux « grands prêtres » dont le rôle était de le remplacer afin de réaliser les rites sacrés dans tout le pays. C’était une fonction fondamentale dans le culte. A tel point que certains grands prêtres pouvaient être très puissants. Par exemple, lors de la XXème dynastie, les prêtres d’Amon-Râ exerçaient leur pouvoir sur tout le territoire et avaient pris le dessus sur le pharaon.

Au niveau de l’administration de l’Etat égyptien, la situation était identique : pour garantir un bon fonctionnement, le roi devait s’entourer de conseillers. L’un des plus proches était le puissant vizir. Sous les ordres de pharaon, il contrôlait toute l’administration publique. Cela allait de la simple coordination de manifestations à la direction de l’ensemble des travaux publics. Choisi dans l’entourage proche du souverain, le vizir avait, sur lui, une grande influence. Son poste était unique dans tout le pays et sa grande sagesse ne faisait aucun doute. Sous son autorité, on retrouvait différents « maires » locaux ou encore des gouverneurs, qui avaient la charge d’administrer des villes, villages ou des provinces éloignées. Il faut en effet savoir que l’Egypte avait été divisée en quarante-deux districts administratifs que l’on appelait des « nomes ». Chacun d’eux regroupait plusieurs villes ou villages et était administré par un nomarque, lui aussi sous l’autorité du vizir.

Répartition en nomes du territoire égyptien (image source : Wikipedia)

Le « nome » se prononce en égyptien « sepat » et s’écrit de la façon suivante :

S29Q3 X1
N24

Le mot est constitué d’un signe qui représente une sorte de terrain recouvert de canaux d’irrigation. Il sera repris comme base dans le symbole de chacun des nomes. En effet, ces derniers possédaient leur propre « logo » qu’ils affichaient comme un étendard. Ainsi, on le retrouvait sur des poteries ou sur des navires. C’est la raison pour laquelle nous pensons que ces fameuses provinces administratives avaient fini par acquérir une certaine autonomie avec une culture et une mythologie propre. Vous pourrez retrouver l’emblème de chacun des anciens nomes d’Egypte sur le site du projet Rosette : ici .
En raison de cette autonomie grandissante, certains nomes commençaient à devenir extrêmement influents, conférant à leur nomarque beaucoup de pouvoir. Parfois, leur puissance était telle que certains d’entre eux prétendaient rivaliser avec le pharaon. En effet, des alliances entre nomes pouvaient voir le jour afin de constituer un ensemble plus puissant pouvant inquiéter le souverain. Il n’était pas rare de voir des conflits éclater entre les provinces et le pouvoir central. Ce fut par exemple le cas de la première période intermédiaire, connue pour sa grande instabilité monarchique.

Outre les nomes, le pays était régi par d’importants dispositifs administratifs. On pouvait trouver une « magistrature » qui avait en charge des domaines comme la justice par exemple. Il s’agissait de juger les différents litiges sur tout le territoire ainsi que de faire respecter la loi pharaonique. Souvent, les maires présidaient ces conseils et avaient le pouvoir d’ouvrir des dossiers judiciaires contre des criminels.

Vous l’aurez compris, l’organisation de l’Etat égyptien était déjà relativement complexe pour l’époque. Cependant, il faut noter que tous les « postes à pouvoir » étaient occupés par des hommes (vizir, grand prêtre…). Le titre de « grande prêtresse » existait mais il était réservé aux reines qui possédaient souvent le titre de prêtresse d’Hathor. Une exception existait toutefois à cette règle. En effet, étant donné que le pouvoir pharaonique suprême se transmettait par le sang, une femme pouvait très bien exercer la royauté au même titre qu’un homme. Ce concept de « sang divin » explique également la pratique des mariages consanguins en Egypte ancienne. Il fallait conserver la royauté et préserver l’aspect divin de la famille royale.

Ainsi, pour finir, même si le pharaon était au centre de tout, sa reine l’épaulait souvent et tenait des fonctions importantes dans l’Etat. Pour exemple, nous pouvons citer Néfertari qui aida grandement son époux Ramsès II, notamment dans les processus de paix avec les Hittites.

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