Le tahtib, un Art martial égyptien pluri millénaire vivant

Un article du site www.egyptos.net

Tahtib ? Son nom complet est « fann el-nazaha oual-tahtib », littéralement « l'art de l'accomplissement et du bâton ». Le terme nazaha a un champ sémantique assez large, il implique la droiture, l'intégrité, l'incorruptibilité, la souplesse, la subtilité, la compréhension, l'ouverture, l'esprit chevaleresque. En fin de compte, il qualifie l'homme accompli. Tahtib vient du mot hatab (morceau de bois). « Leab el Tahtib » (Lutte - joute - combat - duel avec le bout de bois, ce n'est pas un jeu, c'est un vrai duel).

Danseur de tahtib

Danseur de tahtib

Le tahtib pourrait résulter d’une longue évolution dont les racines remonteraient aux débuts de la période pharaonique. En effet, dès le début de l’Ancien Empire, le port d’une longue canne, identique en tout point à celles que l’on voit aujourd’hui aux mains des paysans égyptiens (choma, ‘assa), est un des attributs qui caractérisent l’image du notable de l’époque pharaonique. A la Ve dynastie, la tombe de Ti à Saqqarah présente une scène de fabrication de ces cannes. Dès cette époque, on trouve dans certaines tombes, les premières représentations de combats au bâton. Certaines attitudes rappellent celles du tahtib actuel.

Medinet Habou - A l'extérieur du temple de Ramsès III © Alain Guilleux

Medinet Habou - A l'extérieur du temple de Ramsès III © Alain Guilleux

Certains mouvements du Tahtib sont gravés sur les murs de 3 tombes parmi les 35 de Beni Hassan, près de la ville de El Minyeh à 200km au sud du Caire. Ces tombes datent de 1300 ans avant J-C. Des gravures comparables se trouvent aussi sur le site de Tell el Amarna. Le premier manuel technique de lutte a été retrouvé en Egypte sur un bas-relief d'une sépulture de la Ve dynastie 2470-2320 av. J.-C. De nouveaux reliefs de la chaussée menant à la pyramide du roi Sahourê à Abousir, à quelques kilomètres au sud du Caire, ont été publiés en 2010. Ils viennent confirmer la certitude des égyptologues selon laquelle l'art du bâton existe depuis l'Ancienne Égypte.

Le site de Beni Hassan est situé à 270km au sud du Caire, à 30 km au sud de la ville d’El Minya.

Le site de Beni Hassan est situé à 270km au sud du Caire, à 30 km au sud de la ville d’El Minya.

Le Tahtib de nos jours

Dans les villages de Haute et Moyenne-Égypte, la plupart des mariages et pas une fête ne se déroule sans qu'un groupe d'hommes finisse par sortir des bâtons pour se livrer à une lutte codifiée. De génération en génération, la transmission orale conserve des gestes millénaires. El Tahtib est un art martial festif et participatif où le public joue rassemblé une part active. C’est dans cette ambiance et ce cadre, que les enfants inspirés par leurs aînés commencent leur apprentissage.

L’urbanisation soudaine en Egypte (de 40% à 85% en 50 ans) avec son train d’activités citadines a créée une rupture dans la transmission. Il n’existe pas de « clubs » de Tahtib dans les villes. Les quelques groupes constitués notamment en Haute-Egypte (Qena, Assiout, Qouss, etc.), ont une vocation démonstrative, comme à Louxor pour les touristes.


A Qouss, village de haute-Egypte

Le Centre « Art du Bâton & Tahtib – Medhat Fawzi» basé à Mallawi en Haute-Egypte est une exception. Encore dépendant d’ElWarsha, entité multi artistiques dirigée par Hassan El Geretly, ce centre bénéficiait de fonds d’ONG lui permettant de former des artistes en les payant. C’est aujourd’hui le seul endroit structuré avec des cours. C’est en association avec ce Centre que l’Association parisienne Seiza développe l’art d’El Tahtib.

El Tahtib a largement inspiré d’autres arts notamment le folklore, le théâtre, la danse orientale appelée aussi la danse du ventre où les femmes miment les combats avec des cannes dorées légères. Vidés de la dimension martiale, ces arts ont néanmoins gardé des éléments essentiels hérités du Tahtib avec pour résultat l’esthétique, la présence, l’alignement, la justesse, la précision, la vitesse et l’harmonisation. Du fait de ses codes, de son histoire et de ses techniques le Tahtib comporte un potentiel considérable pour les pratiquants des Arts Martiaux et pour la société égyptienne en émancipation: il donne la possibilité, par sa différence, de découvrir autrement les Arts martiaux, avec un angle nouveau, festif et participatif, et une autre profondeur, ludique, individuel et collectif.

Pratique et spécificités : un évènement collectif et festif

Une session de tahtib est un événement collectif. Le public, les musiciens et les jouteurs se placent en cercle. Les duels entre une et deux minutes s’exécutent à tour de rôle. Les jouteurs armés d’un bâton de rotin d’un mètre trente de long se saluent. Puis au rythme des musiciens, ils se toisent, se jaugent, s’accordent implicitement sur le degré de force et d’intensité du duel. Enfin, ils s’expriment au cours d’un bref assaut pendant lequel chacun essaye d’atteindre la tête de l’autre, en l’effleurant bien entendu.

Danseurs et musiciens de tahtib

Danseurs et musiciens de tahtib

Les musiciens orchestrent les différentes phases de la session. Ils jouent d’instruments traditionnels, diverses percussions (derbouka, doholla, douf, bendir, ‘alba, sagat) mais aussi instruments à vent (mizmar) et à cordes (raba­ba). Ils posent le rythme en dialoguant avec les jouteurs.

La foule crée le cercle, elle régule les combats, elle arrête le combat lorsque celui-ci dégénère dans l’esprit, et qu’un des combattants dévie dans l’agressivité. Le public a un double rôle. Il soutient les jouteurs et garantit le bon esprit de l’événement.


Sur la place Tahrir en Avril 2011, après la chute du régime

Un des principes fondamentaux du Tahtib est la gestion de la porte : « el bab ». Il s’agit de gérer sa garde, « fermer la porte » pour sa défense comme base d’une attaque éventuelle. Suivant les écoles, le bâton est tenu à son extrémité comme une prolongation directe de l’avant-bras, ou un peu plus haut à environ 5 cm de l’extrémité. La précision et la vitesse d’exécution des techniques, des moulinets, des rotations, etc. en dépendent.

La contribution de l’art martial égyptien EL TAHTIB est double,

Depuis 2007, les instructeurs du Centre Medhat Fawzi (Haute Egypte) et de l’Association Seiza (Paris) servent cette double possibilité.

En association avec le Ministère Egyptien de la Culture, le soutien d’Adcom Egypt, ils développent actuellement le matériel pédagogique destiné à la formation d’instructeurs et envisagent la création en Egypte de l’Académie du Tahtib. La mission de cette Académie, en Egypte et à l’international, concerne le développement artistique du Tahtib, sa promotion, et la production des cycles de formation d’instructeurs, des tournois, de l’enseignement dans les écoles, des stages et des démonstrations. Le financement de cette ambition se fera notamment par l’apport de fonds privés à trouver

Adel Paul Boulad, directeur de compagnie de l’association Seiza

Adel Paul Boulad, directeur de compagnie de l’association Seiza

Si vous souhaitez découvrir cet Art, des stages sont planifiés le 21,22 juillet et 28,29 juillet lors du Festival Les Cultures du Monde organisé par l'association nationale de cultures et traditions à Gannat en Auvergne. Le Festival Les Cultures du Monde vous invite à rencontrer l’humanité dans toute sa richesse et sa diversité pour 10 jours de fête et de voyage !

Affiche du festival Les cultures du monde

Affiche du festival Les cultures du monde

Auteur : Marie Agnès Jacque
Mise en ligne le : vendredi 11 mai
Dernière mise à jour le : vendredi 11 mai
URL : http://www.egyptos.net/egyptos/actualite-egypte/le-tahtib-un-art-martial-egyptien-pluri-millenaire-vivant.php